Agriculture – Pêche

Au Ballon d'Alsace les myrtilles disparaissent peu à peu

Par Hugo Flotat-Talon, France Bleu Belfort-Montbéliard dimanche 21 août 2016 à 7:00

Cette année, dans certains coins du Ballon d'Alsace les myrtilles sont 80% moins nombreuses.
Cette année, dans certains coins du Ballon d'Alsace les myrtilles sont 80% moins nombreuses. © Maxppp - .

Institution dans la région, la myrtille sauvage se raréfie. En cause, l'agriculture rurale qui disparaît, la forêt qui gagne du terrain et les cueilleurs qui respectent trop peu les myrtilliers au moment de la cueillette. Cette année, le printemps pluvieux impacte aussi les récoltes.

En dessert dans une tarte, en boisson en jus pur ou mélangé à de l'alcool créant le fameux "schnaps" ou au goûter, la myrtille est une institution en Alsace et en Franche-Comté. "Les premiers souvenirs que j'en ai remontent à mon enfance. On se levait à 4h du matin pour aller les ramasser, sans même savoir à quoi ça servait", raconte avec un sourire Joseph, un retraité de Masevaux. Sa grand-mère était bouilleur de cru. "Pour nous remercier, elle faisait des tartes aussi." Joseph cueillait parfois jusqu'à 80 litres de myrtilles en une seule fois ! "Mais aujourd'hui c'est différent, il faut vraiment chercher pour en trouver", explique-t-il. Comme lui, tous les amoureux du fruit constatent sa disparition, année après année.

Il faut parfois marcher plusieurs heures pour récolter des myrtilles. - Radio France
Il faut parfois marcher plusieurs heures pour récolter des myrtilles. © Radio France - Hugo Flotat-Talon

Les petits paysans ont disparu et ça joue beaucoup"

A l'auberge du Langenberg, à la frontière du Territoire de Belfort et du Haut-Rhin au Ballon d'Alsace, le patron Jean Claude Fluhr fait une dizaine de tartes aux myrtilles chaque semaine, toute l'année. "Si un jour on n'en fait pas c'est une catastrophe. C'est le secteur, c'est la région, les gens viennent pour ça, même les touristes de passage." En période de récolte, pendant quelques mois dès la mi-juillet, il lui arrive d'acheter des fruits à des cueilleurs. "Mais ils sont toujours moins nombreux, cette année j'ai dû en voir deux", raconte-t-il dans sa cuisine. "Les petits paysans de montagne ont disparu, les animaux n'entretiennent plus les champs et la végétation et la forêt prennent le dessus." Sur les pentes du Ballon, on trouve des myrtilliers sans fruit, trop étouffés par d'autres arbustes. Cette année, le printemps pluvieux a aussi bloqué une partie de la pollinisation.

Les myrtillers au dessus de 800m très peu fournis

Dans certains coins, les arbres sont 80% moins abondants qu'une année normale. "C'est assez curieux, il n'y en a pas trop en hauteur. Ça marche par étage, parfois il n'y en a plus, puis en montant on en retrouve, puis encore plus haut il n'y en à nouveau plus", explique Joseph. Les coins à l'abri du vent et en dessous de 800 m sont les plus épargnés. Jean Claude Fluhr s'en prend aux cueilleurs qui ne respectent pas les arbres. "Ils viennent ramasser au tout début quand tout n'est pas mûr, avec un peigne, mais arrachent les pieds qui vont ensuite sécher", se désole-t-il. Pour limiter les dégâts, au Ballon d'Alsace, la récolte est limitée à 2 kilos par personnes et par jour. Largement de quoi faire une tarte : même bien garnie, il faut compter 8 à 900 grammes.

Au sommet du Ballon d'Alsace, les myrtilles se font plus rares depuis plusieurs années. - Radio France
Au sommet du Ballon d'Alsace, les myrtilles se font plus rares depuis plusieurs années. © Radio France - Hugo Flotat-Talon