Agriculture – Pêche

Bénestroff : la fromagerie bloquée par des producteurs laitiers

Par Ulysse Khalife, France Bleu Lorraine Nord mardi 6 septembre 2016 à 19:19

Les tracteurs sont restés postés devant l'entrée de la laiterie pendant plusieurs heures.
Les tracteurs sont restés postés devant l'entrée de la laiterie pendant plusieurs heures. © Radio France - Ulysse Khalife

Une trentaine d'agriculteurs ont bloqué mardi l'entrée de la Compagnie des fromages et richemonts de Bénestroff, dans le centre de la Moselle. Une action pour demander une revalorisation du prix d'achat de leur lait.

Devant les portes de la laiterie de Bénestroff, plusieurs tracteurs ont empêché l'accès des camions de livraison entre 11h et 16h, sans pour autant bloquer les employés. Cette mobilisation, à l'initiative du syndicat agricole "Coordination Rurale", avait pour but de défendre un prix du lait rémunérateur pour les producteurs.

Sodiaal, la première coopérative laitière française, qui est la structure mère de la fromagerie de Bénestroff, achète actuellement le lait aux producteurs entre 19 et 27 centimes le litre. D'après les agriculteurs présents mobilisés mardi matin, il faudrait un prix d'achat à 34 centimes le litre rien que pour couvrir les coûts de production. "C'est simple : cela fait deux ans que je n'ai pas de revenus", résume Isabelle, productrice de lait à Bermering. Elle livre la totalité de sa production annuelle - 450 000 litres - à la coopérative Sodiaal : "jusqu'à fin juillet, j'ai vendu mon lait à 260€ la tonne en prix moyen de base. On entend aussi que Lactalis va offrir 275€ la tonne... Il en faudrait au moins 300".

Une affiche de la Coordination Rurale pour dénoncer la situation financière du monde agricole. - Radio France
Une affiche de la Coordination Rurale pour dénoncer la situation financière du monde agricole. © Radio France - Ulysse Khalife

Des revendications que certains de ces producteurs laitiers ont pu exprimer mardi matin dans le cadre d'une réunion avec les responsables de la coopérative. Mais rien n'est ressorti des presque deux heures de dialogue entre les deux parties. Côté Sodiaal, les représentants disent qu'il leur est difficile de payer plus. En cause notamment : la fin des quotas laitiers européens depuis un an. Mais des prix aussi bas sont injustifiables pour Laurent Éloi, installé près de Rémilly : "la vente à perte est interdite en France, sauf pour les producteurs de matières premières... c'est dramatique. Pour nous agriculteurs, cela fait des pertes d'exploitation énormes. En 2015 par rapport à 2014, j'ai perdu 50 000€, cette année je vais encore en perdre 30 ou 40 000. Dans la profession, certains d'entre nous sont condamnés".

Autre demande des producteurs laitiers : connaître les marges qui sont faites par la coopérative sur la revente du lait. Aucune information n'est communiquée sur le sujet, au grand dam de Florian Bernard, éleveur de vaches laitières à Bourgaltroff, qui dénonce un deux poids deux mesures : "Nous, on nous demande d'avoir une traçabilité sur l'alimentation de nos animaux, sur les traitements antibiotiques qu'on leur donne s'ils sont malades... donc nous sommes transparents, mais les responsables de la coopérative ne le sont pas".

D'autres actions d'un même genre à l'initiative de la Coordination rurale ne sont pas exclues dans les semaines à venir en Moselle et ailleurs en Lorraine.