Agriculture – Pêche

"C’est qui le patron ?" : le projet d’agriculteurs mayennais pour vendre des yaourts à prix équitable

Par Armêl Balogog, France Bleu Mayenne vendredi 6 octobre 2017 à 10:35

Bientôt des yaourts à base de lait ingrédient équitable "C'est qui le patron ?"
Bientôt des yaourts à base de lait ingrédient équitable "C'est qui le patron ?"

Lundi 2 octobre, le groupe Carrefour s’est engagé à transformer huit millions de litres de lait équitable en yaourt et en fromage blanc. L’aboutissement du projet d’un groupe de sept agriculteurs mayennais.

"Nous, on a envie d’y croire", déclare Benoit Filoche, plein d’espoir. Le producteur laitier installé à Izé, en Mayenne, est fier de l’annonce du groupe Carrefour.

Lundi 2 octobre, la naissance du lait ingrédient équitable a été officialisée, avec la décision du distributeur de créer tous ses yaourts et pots de fromage blanc à base de ce lait acheté à un prix juste.

"C’est qui le patron ?"

Bref historique. En octobre 2016, l’opération "C’est qui le patron ?" a été lancée pour commercialiser du lait équitable, acheté à 0,99 euros le litre en grande surface.

Ce lait remplit des critères établis par les consommateurs : sans OGM, les vaches sont élevées en France, elles pâturent trois à six mois dans l’année, consomment des fourrages locaux, les producteurs sont rémunérés et peuvent partir un peu en vacances.

Huit millions de litres de lait transformés en yaourt

En voyant la réussite de l’opération, un groupe de sept producteurs laitiers mayennais a souhaité en faire autant avec le lait ingrédient, servant à faire des produits laitiers transformés. Les Mayennais, associé à "La maque du consommateurs" et la "Laiterie de Saint-Denis de l’Hôtel", ont réussi à convaincre le groupe Carrefour : tous les yaourts et pots de fromage blanc de sa marque de distributeur seront bientôt faits à partir de lait équitable. Cela représente huit millions de litres par an.

On espère être au début d’une longue histoire. – Benoit Filoche, producteur laitier

"Le potentiel du marché du lait ingrédient, c’est trois milliards de litres de lait par an, donc on va dire pour l’instant que ce n’est qu’une goutte d’eau", concède Benoit Filoche. Mais "si tout le monde se met à jouer le jeu de valoriser le lait, avec un prix soutenu aux producteurs, suivant un cahier des charges prédéfini par le consommateur, ajoute-t-il, on arrive dans un schéma qui est beaucoup plus vertueux que celui, aujourd’hui, qui consiste à nous dire tais-toi et produit, et toujours moins cher".

Un remède à la crise du lait ?

L’agriculteur d’Izé est enthousiaste. Il a déjà commencé à donner de la nourriture sans OGM à ses 100 vaches laitières. Dans six mois, il obtiendra les accréditations nécessaires pour vendre son lait dans le cadre de l’opération "C’est qui le patron ?", donc à un prix plus intéressant, qui lui permettra d’avoir un salaire décent.

L’année 2016, c’était la pire de toute. – Benoit Filoche, producteur laitier

L’agriculteur espère que la vente d’un lait équitable va permettre d’apporter une solution à la crise que traverse la filière laitière. Car aujourd’hui, "pour ne pas couler la boutique, qu’est-ce qu’on fait ?, on fait des choix, ça veut dire qu’on ne répare plus nos tracteurs, on fait tout nous-même, par contre c’est un modèle qui n’est pas du tout durable."

"On n’en peut plus, soupire Benoit Filoche, ça fait quand même plusieurs années où on est en crise, où on ne voit pas le bout du tunnel, où on nous demande toujours le moins cher. L’idée c’est un peu de mettre un coup d’arrêt là-dessus et de redonner un sens à notre métier. De se lever le matin, d’être fier d’offrir des produits de qualité."

Être "consom’acteurs"

Pour cela évidemment, il faut que les consommateurs soient au rendez-vous, dans les rayons des grandes surfaces. "On donne la possibilité aux consommateurs de devenir consom’acteurs. Plus qu’un vote, chaque semaine, quand on va remplir son caddie, le prix ce n’est pas la seule chose qu’on doit regarder. On doit regarder aussi ce qui se passe derrière."

Benoit Filoche a de quoi espérer, car en un an, les consommateurs ont été au rendez-vous : ils ont acheté plus de 22 millions de litres de lait équitable à boire. Un succès tel que l’enseigne Monoprix a décidé de ne commercialiser que du lait équitable sous sa marque, soit 15 millions de litres par an. Tous les feux sont au vert, donc, pour que le lait ingrédient équitable connaisse une même réussite.