Agriculture – Pêche

Après le suicide de son père agriculteur en Seine-Maritime, Charline devient porte-parole de la souffrance paysanne

Par Boris Letondeur, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) et France Bleu jeudi 10 août 2017 à 16:59

En France, une agriculteur se suicide tous les trois jours.
En France, une agriculteur se suicide tous les trois jours. © Maxppp - BALFIN JEAN PIERRE

Le père de Charline, agriculteur seinomarin, a mis fin à ses jours en mai dernier. Trois mois plus tard, la jeune femme de 29 ans publie sur Facebook une lettre ouverte pour dénoncer le mal-être agricole. Son cri du cœur est partagé plus de 3.000 fois, jusqu'à atteindre la préfète de Seine-Maritime.

Après le suicide de son père, agriculteur seinomarin, en mai dernier, Charline Baussard a publié une lettre ouverte sur Facebook. Un signal d'alarme destiné au président de la République Emmanuel Macron, mais aussi au Premier ministre, Edouard Philippe, et à ceux de l'Agriculture, Stéphane Travert, et de la Transition écologique, Nicolas Hulot.

REPORTAGE - Charline Bossard, porte-parole du mal-être agricole après le suicide de son père agriculteur en Seine-Maritime.

Dans son message, posté le 2 août et partagé plus de 3.000 fois (voir ci-dessous), elle alerte sur la pression financière et administrative à laquelle sont soumis nombre d'agriculteurs, et sur les dépressions qui s'en suivent, parfois jusqu'au suicide. En France, un paysan se tue volontairement tous les trois jours.

Rendez-vous à la préfecture de Seine-Maritime

La jeune femme est issue d'une famille entière d'agriculteurs, ses grands parents et arrières-grands-parents occupaient ce même travail. Si elle n'est pas auprès des bêtes toutes la journée, Charline travaille tout de même dans le monde agricole, en tant que commerciale. Le drame qui a frappé sa famille l'a fait réagir : elle veut endiguer la situation invivable des agriculteurs français, éleveurs en tête.

J'ai des propositions, pas nouvelles, connues de tous : développer des alternatives, produire mieux en formant davantage les agriculteurs et lutter contre les aberrations administratives." - Charline Baussard

"On donne des directives et des sanctions qui ne sont même pas maîtrisées par les organismes qui les donnent. Ce sera peut-être un pavé dans la mare, mais je m'attaque à un travail de recensement de ces aberrations et ensuite, pourquoi pas développer des solutions. J'aimerais que ça puisse faire avancer les choses", ajoute-t-elle.

La bouteille à la mer lancée par Charline Bossard est arrivée jusqu'à la préfecture de Seine-Maritime. Début septembre, elle sera reçue par la préfète Fabienne Buccio, mais pour Charline Bossard, ce rendez-vous n'est "qu'une étape, pas un aboutissement". Son message originel est adressé au président de la République et aux ministres de l'Agriculture et de la Transition écologique, et elle n'arrêtera pas son combat avant d'avoir obtenu d'eux des engagements réels pour un monde meilleur pour les agriculteurs.

INTERVIEW - Charline Bossard : "J'ai des propositions, la clé est dans la formation"