Agriculture – Pêche

Chitray : la filière du "veau sous la mère" ne connaît pas la crise

Par Marc Bertrand et France Bleu, France Bleu Berry et France Bleu lundi 7 novembre 2016 à 5:00

Un veau élevé "sous la mère" à l'heure de la tétée du soir, sur une exploitation de Chitray, dans l'Indre.
Un veau élevé "sous la mère" à l'heure de la tétée du soir, sur une exploitation de Chitray, dans l'Indre. © Radio France - Marc Bertrand

Les veaux nourris seulement au lait de la vache donnent une viande label rouge qui plaît au consommateur. La production ne suffit pas à satisfaire la demande, et la filière recherche de nouveaux éleveurs dans l'Indre.

Marie-Mélanie Thomas possède une cinquantaine de veaux nourris au lait de leur mère en GAEC à Chitray, dans le Sud de l'Indre. Une exploitation modeste mais beaucoup plus rentable qu'un élevage habituel.

Pas assez d'éleveurs pour combler la demande

"On vend la carcasse de veau sous la mère à 7,50€ le kilo, contre 2,50€ le kilo pour un broutard comme de la vache charolaise" - Marie-Mélanie Thomas, éleveuse à Chitray

Avec ses deux associés, elle se retire un salaire 800 euros par mois... pour l'instant : l'éleveuse s'est installée il y a six mois seulement mais elle espère faire beaucoup plus. Car le veau nourri sous sa mère se vend cher. Et il n'y a pas assez d'éleveurs pour combler la demande.

"de nombreux agriculteurs se sont installés dans les années 1960, 1970, et arrivent aujourd'hui en masse à la retraite. On manque de jeunes pour reprendre le flambeau" - Francis Rousseau, de l'association de producteurs de la filière veau sous la mère.

Une solution pour la crise de l'élevage ?

La filière manque aujourd'hui d'éleveurs pour fournir les 1100 boucheries qui achètent cette viande Label Rouge, surtout produite dans le Sud-Ouest de la France. Francis Rousseau cherche donc à recruter de nouveaux producteurs dans l'Indre. Par exemple des éleveurs touchés par la crise laitière.

"On en reconvertit beaucoup, des éleveurs touchés par la crise laitière. Ils revendent leurs broutard et achètent des vaches allaitantes... depuis 4 ans, 200 éleveurs laitiers ont transformé leur exploitation pour faire du veau sous la mère" - Francis Rousseau, de l'association de producteurs de la filière veau sous la mère.

Un label rouge limité au Sud-Ouest

Mais tout n'est pas aussi simple. Si la filière a du mal à recruter, c'est parce que le label rouge du veau sous la mère est limité au Sud-Ouest. Il s'arrête au Sud de l'Indre. Francis Rousseau aimerait l'étendre à tout le département, mais pour cela, il faudrait avoir assez de producteurs de veaux sous la mère dans le Berry.

"C'est la têtée matin et soir, 7 jours sur 7, être constamment disponible, ce qui effraie les jeunes agriculteurs qui sont souvent en couple avec des personnes salariées, et veulent avoir le même rythme de vie qu'elles, partir en vacances ou en week-end par exemple" - Francis Rousseau

Selon Christophe Périgord, de la Chambre d'agriculture, la possibilité de reconversion est également limitée : la taille des élevages laitiers est souvent bien plus importante que celle des élevages de veaux sous la mère. Difficile donc de passer de l'un à l'autre sans un grosse perte de chiffre d'affaire.

"Par contre, c'est idéal pour un jeune qui veut s'installer et qui ne reprend pas l'exploitation de ses parents. Ce profil représente 1/3 des jeunes qui s'installent dans l'Indre"

Et le marché reste une niche : il n'y a que 4300 éleveurs de veaux sous la mère en France... contre plusieurs dizaine de milliers d'éleveurs laitiers.