Agriculture – Pêche

Côte-d'Or : la promesse non tenue du gouvernement envers les producteurs bio

Par Thomas Nougaillon, France Bleu Bourgogne et France Bleu jeudi 22 décembre 2016 à 17:51

Didier Robin qui comptait sur cet argent a sollicité des banques, elles lui ont avancé des sommes qu'il doit rembourser chque mois
Didier Robin qui comptait sur cet argent a sollicité des banques, elles lui ont avancé des sommes qu'il doit rembourser chque mois © Radio France - Thomas Nougaillon

Situation de crise pour l’agriculture biologique : fin décembre 2016, un peu partout en France et en Côte-d'Or, les producteurs bio attendent toujours les aides qu'ils devaient percevoir en 2015.

Sont concernés les agriculteurs qui étaient en agriculture "conventionnelle" et qui ce sont engagés sur le long chemin de la conversion en bio, conversion qui prend du temps. Normalement, il faut trois ans avant de bénéficier de la certification "AB". Durant ce laps de temps, leurs terres sur lesquelles ils ne déversent plus d'intrants chimiques produisent moins et ils ne peuvent pas encore commercialiser leurs productions dans la filière bio.

Comme beaucoup d'agriculteurs qui se sont convertis à la bio en 2015, Didier Robin n'a toujours pas touché les aides qui lui ont été promises - Radio France
Comme beaucoup d'agriculteurs qui se sont convertis à la bio en 2015, Didier Robin n'a toujours pas touché les aides qui lui ont été promises © Radio France - Thomas Nougaillon

C'est pour compenser la grosse perte de revenus durant cette période délicate qu'ils ont besoin de cet argent. Les représentants de l’agriculture biologique en Bourgogne dénoncent ces retards de paiement et l’insuffisance budgétaire pour le développement de cette agriculture respectueuse de l'environnement. La Fédération Nationale d’Agriculture Biologique a même rédigé une lettre ouverte qu'elle a remise en mains propres à Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, le 14 décembre dernier.

La galère des agriculteurs convertis en 2015

Bernard Krempp, représentant de Bio Bourgogne est installé à Flagey-lès-Auxonne, en Côte-d'Or à 10 km de Dole dans le Jura, il produit de la viande sur une exploitation de 110 hectares. Vue l'ancienneté de son exploitation agricole, lui n'a pas besoin de ces aides, c'est son père, l'un des pionniers du bio en Bourgogne qui a créé sa ferme en 1965. Mais il s'indigne du sort réservé à tous ces agriculteurs convertis en 2015 et qui galèrent.

"Là ils sont dans la panade, ils ont des trésoreries plus que dans le rouge, nous ce qu'on réclame c'est que les pouvoirs publics se débrouillent pour leur octroyer ces aides qui leurs sont dues depuis 2015"

— Bernard Krempp

Bernard Krempp

140 000 euros promis il y a un an et demi

A Baigneux-les-Juifs, dans le Châtillonnais, Didier Robin est exploitant agricole. A 33 ans ce père de deux fillettes de 4 et 2 ans fait partie de la vingtaine d'agriculteurs côte-d'oriens directement concernés par le problème. Sur sa ferme au lieu dit "La Corvée" il produit des céréales et élève trente vaches. Lui qui a entamé sa conversion en bio en mai 2015 attend toujours l'argent qui lui est promis depuis un an et demi. La somme s'élève tout de même à 140 000 euros.

"On se soucie de ce que l'on met dans les champs, moi j'ai des champs près des lotissements, près d'une école, on était dans une démarche pour améliorer les choses et derrière on a l'impression qu'on n'est pas aidé quoi"

— Didier Robin

Didier Robin a acheté du matériel agricole spécifique pour exploiter ses champs en bio, il attend l'argent qui lui a été promis - Radio France
Didier Robin a acheté du matériel agricole spécifique pour exploiter ses champs en bio, il attend l'argent qui lui a été promis © Radio France - Thomas Nougaillon

Cela ressemble à un coup bas pour l'agriculture bio en Bourgogne qui avait franchi le cap symbolique des 1000 producteurs en 2015. Avec une croissance de +10% par rapport à 2014. Les agriculteurs bios qui sont plus de 330 en Côte-d'Or, pour moitié ce sont des viticulteurs, pour moitié des céréaliers et des agriculteurs en polyculture élevage.

Des agriculteurs dont les comptes sont plongés dans le rouge

Du côté du ministère de l'Agriculture on laisse entendre que le versement des aides pour 2015 devrait être effectué au printemps 2017. Des promesses auxquelles les producteurs bios ont bien du mal à croire. Alors que les nouveaux convertis ont décidé de passer en bio pour fuir les énormes difficultés qu'ils rencontraient dans l'agriculture conventionnelle, les voilà replongés dans une situation financière toujours plus critique. Dommage quand l'on sait que la crise épargne l'agriculture bio dont l'économie semble toujours plus florissante. Une agriculture de plus en plus plébiscitée par le grand public.

Reportage chez Didier Robin à Baigneux-les-Juifs