Agriculture – Pêche

Crise de la salade dans les Pyrénées-Orientales : "On nous écoute, il faudrait aussi nous entendre"

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon et France Bleu jeudi 28 janvier 2016 à 12:26

© Maxppp

Quelque 160 producteurs de salade des Pyrénées-Orientales sont au bord de l'asphyxie en raison de la chute des prix. Ils demandent des aides concrètes pour sortir de la crise.

Une réunion d'urgence s'est tenue mercredi soir en préfecture des Pyrénées-Orientales pour évoquer la crise de la salade et faire un état des lieux de la situation. Quelque 160 producteurs du département sont au bord de l'asphyxie. 

Depuis le début de l'hiver, ils traversent une crise sans précédent. La douceur des températures entraîne une surproduction en Europe et une dégringolade des prix (-40% par rapport à la moyenne des cinq dernières années). 

Faute de clients, 3,7 millions de pied de salades ont été détruits directement dans les exploitations.

Des pertes colossales

La chambre d'agriculture vient de réaliser une première estimation des pertes subies par les producteurs du département au 31 décembre : plus de 4,5 millions d'euros. Autrement dit, chaque exploitation a perdu, en moyenne, depuis le début de l'hiver, la somme astronomique de 30.000 euros.

Dans ces conditions, comment payer les salaires, comment rembourser les emprunts, comment payer les impôts et les charges ? Les producteurs se retrouvent le couteau sous la gorge

" Un jour ou l'autre ça va craquer, les producteurs sont à bout, trois mois sans le moindre frémissement, la moindre reprise des prix, c'est très long, je n'ai jamais connu une crise aussi importante." (Michel Guallar, président de la chambre d'agriculture)

"Certains ne font que de la salade et sont en grande détresse. Quand on voit que la grande région a annoncé 800 millions d'euros pour le BTP, j'espère que rapidement il y aura aussi une annonce pour l'agriculture" 

Des mesures d'urgence réclamées

Pour surmonter la crise, les producteurs demandent à l'État des mesures d'urgence, à commencer par un report d'un an de leurs remboursements d'emprunts.

Yves Aris le président de la FDSEA, estime que c'est la pire crise que les producteurs aient connu dans le département des Pyrénées-Orientales. "C'est très préoccupant pour la survie des exploitations. Il faut soutenir la filière.  Il faut d'abord sauver les meubles et ensuite réfléchir à ce qu'il faut faire pour l'été prochain."

"Il y a des discussions avec les banques et la MSA car les trésoreries sont très tendues. Il y a eu un geste du gouvernement pour prendre en charge une partie des reports mais ce n'est pas suffisant, il faut relancer les filières. Les raisons on les connait, c'est une question de prix : les consommateurs ne voient pas les prix baisser, alors que les producteurs voient leur prix baisser."

"En 20 ans, en Allemagne, la production agricole augmenté de 25% alors qu'en France elle a baissé de 25%. Tous nos pays voisins se développent et nous on régresse. C'est bien la preuve qu'on ne se donne pas les moyens."

"A Perpignan, la grande distribution achète la paix sociale en payant la salade 50 centimes d'euros, mais vous faites 20 kilomètres et ce n'est plus même prix. C'est en train de détruire tout le tissu économique."

"Les consommateurs achètent beaucoup de salades en sachet mais on trompe de le consommateur : c'est la transformation qui donne l'origine. Si c'est transformé à Torreilles, c'est marqué "Produit en France" même si la salade vient d’Égypte ou d'Espagne. Le consommateur est berné comme le producteur. C'est une responsabilité de tout le monde. L'Etat n'est pas responsable de tout, mais peut prendre des mesures. Ici la préfète nous écoute, tout le monde est conscient, mais il faut passer de l'intention à la réalisation."

"On ne peut pas tout régler par la manifestation. Il faudra un jour porter plainte pour "incitation à la violence". Si on obtient les choses uniquement quand on casse, ça pose un soucis. Aujourd'hui on discute et on essaie d'avancer. La violence c'est le dernier recours. "

"Pour l'instant on nous écoute, je ne suis pas sûr qu'on nous entende. Je ne suis pas sûr qu'il y ait les moyens pour répondre, mais on n'est pas des terroristes, la violence n'est pas une solution. Le but c'est qu'on s'en sorte."

> Réécoutez l'interview de Yves Aris, président de la FDSEA

De son côté dans un communiqué la préfecture des Pyrénées-Orientales fait savoir qu’une cellule d’urgence chargée de coordonner les différents dispositifs d’aides et de préciser les modalités d’application de l’année blanche serait mise en place. La préfète a indiqué que l’avenir de la filière « maraîchage » fera l’objet d’une réflexion sur le fond, dans le cadre de l’élaboration du projet agricole départemental.

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