Agriculture – Pêche

Crise du lait : un couple d'agriculteurs du Bessin se raconte dans un livre

Par Philippe Thomas, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) et France Bleu mercredi 15 février 2017 à 8:00 Mis à jour le mercredi 15 février 2017 à 8:50

Ludivine et Christophe Le Monnier dans leur ferme de Magny-en-Bessin
Ludivine et Christophe Le Monnier dans leur ferme de Magny-en-Bessin © Radio France - Philippe Thomas

"Le jour où on a vendu nos vaches", aux éditions Flammarion, sort ce mercredi en librairie. Le témoignage sans fard d'un couple d'agriculteurs de Magny-en-Bessin qui, face à la crise du lait, décide en décembre 2015, la mort dans l'âme, de se séparer de ses bêtes.

"On nous a proposé d'écrire le livre, c'est l'occasion de mettre le doigt là où ça fait mal" explique Ludivine qui, comme deux femmes sur trois d'agriculteurs, travaille à l'extérieur. Le jour où on a vendu nos vaches paraît ce mercredi aux éditions Flammarion. Ludivine et Christophe Le Monnier s'y confient sur leur quotidien d'agriculteurs de Magny-en-Bessin, dans le Calvados. En décembre 2015, face à la crise du lait, ils se sont séparés de leurs bêtes.

Se libérer de la honte"

Ludivine précise : "Les gens pourront comprendre que ce n'est pas parce qu'on a un gros tracteur qu'on est plein aux as." Surtout, dit-elle, "j'espère que ça permettra à certains de se libérer de la honte" que peut entraîner un tel échec professionnel. Car le milieu agricole est un monde où l'on parle peu, "c'est où tu marches, ou tu crèves" résume Christophe, son mari, avant de préciser "si tu n'y arrives plus c'est parce que tu n'es pas bon, ce n'est pas à cause de la conjoncture." Christophe qui dit-il, connaît bon nombre d'agriculteurs qui, comme lui, ne se versent pas de salaire depuis des années.

On ne nous écoute plus"

Ludivine s'est engagée dans le mouvement des Foulards noirs, ces femmes d'agriculteurs qui ont défilé pour défendre leur mari et donner un autre image de la profession. Christophe Le Monnier s'est un temps engagé syndicalement pour défendre un métier qui dit-il "dépend trop de l'Europe. Notre principal rival, l'Allemagne sait défendre son agriculture. L'Etat réagit rapidement dès que la profession va mal. En France, et ça ne date pas d'aujourd'hui, on ne nous écoute plus."

Ludivine s'est engagée au sein du mouvement des Foulards noirs, ici dans une manifestation à Bayeux en mars 2016. - Maxppp
Ludivine s'est engagée au sein du mouvement des Foulards noirs, ici dans une manifestation à Bayeux en mars 2016. © Maxppp - Stéphane Geufroi

Des fermes de 300 à 400 vaches dans la région

Aujourd'hui, pendant que Ludivine continue son travail dans une grande surface de bricolage, Christophe, lui, dit avoir retrouvé une vie plus sereine depuis qu'il a converti une partie de son exploitation en céréales. Et il continue à travailler "à droite, à gauche" dans les entreprises agricoles pour subvenir aux besoins de la famille. Mais comment voit-il l'avenir de la profession ? "C'est une honte pour beaucoup de gens de parler de la ferme des 1000 vaches" mais au vu du prix du lait toujours aussi bas, les regroupements vont se poursuivre. "Dans la Manche ou près d'Aunay-sur-Odon, il y a des fermes de 300 à 400 vaches. Ça plait aux laiteries qui mettent moins de camions sur la route." Un changement qui pour autant modifie complètement le patrimoine rural normand.

Ecoutez l'interview de Ludivine et Christophe Le Monnier