Agriculture – Pêche

Crise du lait : un éleveur du Haut-Rhin raconte la détresse psychologique en plus de la détresse financière

Par Céline Rousseau et Patrick Genthon, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass lundi 22 août 2016 à 18:38

L'exploitation de Christophe Bitsch à Obermorschwiller dans le Sundgau
L'exploitation de Christophe Bitsch à Obermorschwiller dans le Sundgau © Radio France - Patrick Genthon

Les agriculteurs alsaciens n'iront pas manifester en Mayenne devant le siège de Lactalis mais leur situation est toute aussi compliquée que celle de leurs collègues de l'ouest comme en témoigne le président des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin.

L'Alsace ne représente qu'1% de la production nationale de lait contre 20% pour la Bretagne par exemple, mais la situation est toute aussi délicate dans l'Est de la France.

En moyenne, un éleveur alsacien perd 150 euros par jour

Selon les laiteries, "les prix varient entre 240 et 280 euros les 1.000 litres" explique Christophe Bitsch, président du syndicat des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin. "Or nos coûts de production, sans même inclure notre salaire, s'élèvent à 315 euros". Comment font Christophe et ses collègues pour s'en sortir ? "Ce sont les banques qui remettent au bout, ça nous permet de tenir, mais à court terme seulement", ajoute l'agriculteur d'Obermorschwiller dans le Sundgau. Il est installé en groupement agricole (gaec) avec quatre autres associés.

Travailler 50 heures par semaine et ne rien gagner

En Alsace, en élevage moyen perd 150 euros par jour, plus de 50.000 euros sur l’année. Mais au delà de  cette détresse financière, une détresse psychologique s'installe. "Travailler 50 heures par semaine et ne rien gagner c'est un constat d'échec, personne ne pourrait l'accepter. Si un ouvrier fait bien son travail et que le patron ne le paye pas il n'y retourne pas le mois d'après, mais nous on n'a pas le choix", commente amer Christophe Bistch. Face à cette détresse, la mutualité sociale agricole a mis en place une cellule d'aide psychologique.

En Alsace, les agriculteurs n'ont pas prévu de manifester, comme en Mayenne, devant le siège du géant mondial du lait, Lactalis. Nous n'avons pas envie de gêner le citoyen et le consommateurs, nous sommes plus dans la négociation, commente le président des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin.

Le Haut-Rhin compte 280 exploitants et un millier de salariés dans la filière laitière - Radio France
Le Haut-Rhin compte 280 exploitants et un millier de salariés dans la filière laitière © Radio France - Patrick Genthon