Agriculture – Pêche

Elevage : "Le bio ne peut pas être un choix économique et comptable"

Par Typhaine Morin, France Bleu Loire Océan, France Bleu Maine et France Bleu Mayenne mardi 13 septembre 2016 à 4:00

André Belleil et Thomas Belgrand achèvent leur conversion le 1er octobre
André Belleil et Thomas Belgrand achèvent leur conversion le 1er octobre © Radio France - Typhaine Morin

L'agriculture des Pays de la Loire se classe au 2e rang national en terme de surfaces bio. Et de plus en plus d'éleveurs se lancent dans la conversion. Ce thème est d'ailleurs abordé au SPACE, le salon de l'élevage qui se tient à Rennes du 13 au 16 septembre. Reportage dans une exploitation.

Il en avait envie depuis plusieurs années, mais il n'avait pas osé prendre le risque de se lancer dans le bio. A 56 ans, André Belleil, éleveur à Trans-sur-Erdre, en Loire-Atlantique, a finalement fait le pas le 1er octobre 2014, avec son voisin, lui aussi éleveur. Ils avaient tous les deux une exploitation conventionnelle (non-bio) qui tournait, mais la retraite approchant, ils se sont lancés dans ces deux années de conversion. "On était de plus en plus dans l'agriculture durable, explique André Belleil. On ne vit qu'une fois, alors c'est vrai que lorsqu'on a envie de faire quelque chose, à un moment il faut franchir le pas."

Entre temps, ils se sont associés à deux jeunes agriculteurs le 1er avril 2016. Ils reprendront l'exploitation à leur départ en retraite. Les quatre agriculteurs ont donc cinq grosses années pour roder leur production de lait bio. Pour y parvenir, ils sont aidés financièrement par la région et l'Union européenne. Ils se sont renseignés auprès d'agriculteurs en conversion. Ils ont aussi suivi des stages, pour apprendre à prévenir les maladies chez les vaches.

Huiles essentielles, homéopathie et acupuncture

"On utilise des méthodes alternatives, explique André Belleil, parce qu'on essaie de limiter le recours aux antibiotiques. On utilise donc les huiles essentielles, on a aussi recours à l'homéopathie. J'ai aussi suivi une formation en acupuncture. La relation à l'animal est beaucoup plus basée sur l'observation et la prévention."

Et ce sont ces méthodes moins traditionnelles qui inquiétaient au départ Thomas Belgrand. "Savoir récolter des fourrages propres et de bonne qualité, savoir garder les vaches en bonne santé, c'est quelque chose qui fait peur au début", explique l'éleveur de 25 ans qui pensait d'abord s'installer dans une exploitation conventionnelle. "Après, on voit avec le temps que c'est juste une autre manière de réfléchir et des méthodes auxquelles on avait pas à faire en conventionnel, mais qui en bio fonctionnent. Il faut voir le mal avant qu'il arrive, et puis travailler sur l'alimentation. Une bonne alimentation amène une bonne santé des vaches normalement. Donc tout ça sont des facteurs qui jouent sur la réussite du bio."

Ce veau a un mois et demi, il rejoindra le troupeau à 3 mois - Radio France
Ce veau a un mois et demi, il rejoindra le troupeau à 3 mois © Radio France - Typhaine Morin

Un processus de longue haleine

Et puis la conversion est un processus de longue haleine, cela dure deux ans. Le 1er octobre 2016, ce groupement agricole d'exploitations en commun (GAEC) vendra son lait au prix du bio. Mais en attendant, alors que toutes les conditions du bio sont remplies, ils vendent encore leur lait au prix conventionnel. "C'est ça qui est un peu dur, confie André Belleil. Une marge disparaît." Car la différence est notable : un litre de lait conventionnel se vend 0,30 euros le litre à la laiterie, contre 0,45 euros le litre pour du bio.

A terme, le litre de lait sera mieux payé, mais le rendement est moins important dans une production de lait bio. Les vaches sont moins productives. Si certains agriculteurs sont tentés par l'appât du gain en faisant du bio, ils se trompent, estime Thomas Belgrand. "Ces litres de lait nous coûtent plus cher à produire en bio et on a généralement des niveaux de production plus faibles. On ne double pas notre marge en bio. C'est pas un choix purement économique et comptable." Il faut y croire un peu.

VOIR ►► VIDÉO - L'agriculture en Pays de la Loire : état des lieux