Agriculture – Pêche

Apiculteur azuréen : "En 2016, je n'aurais que 180 kilos de miel d'acacia au lieu d'une tonne les bonnes années"

Par Lisa Melia, France Bleu Azur jeudi 11 août 2016 à 6:50

La production de miel sera mauvaise en 2016
La production de miel sera mauvaise en 2016 © Radio France - Lisa Melia

Annus horribilis pour les apiculteurs français. Les récoltes sont à peu près deux fois moins importantes que l’an dernier. Les Azuréens ne sont pas épargnés.

10 000 tonnes au lieu des 17 à 18 000 tonnes de miel produits l’an dernier. Cette année, la récolte des apiculteurs est particulièrement mauvaise. La faute à la météo : printemps trop pluvieux, été trop sec, c’est le pire des cocktails pour le miel.

Trop d’eau en mai, pas assez en juillet

Dans les Alpes-Maritimes, les apiculteurs subissent ces aléas comme dans le reste de la France. Marc Rebuffo est passionné par les abeilles depuis douze ans, il possède 300 ruches, soit 15 millions d’abeilles. Cette année, il ne pourra pas satisfaire tous ses clients. « Au printemps, les abeilles ont besoin de soleil : quand il pleut, elle ne peuvent pas sortir pour butiner. Maintenant, au contraire, il nous faudrait un peu de pluie, car la végétation est brûlée par le soleil et les fleurs ne sont pas assez nombreuses. »

Marc Rebuffo près de ses ruches - Radio France
Marc Rebuffo près de ses ruches © Radio France - Lisa Melia
Cette année, la récolte de miel est divisée par deux - Radio France
Cette année, la récolte de miel est divisée par deux © Radio France - Lisa Melia

La sécheresse a aussi un effet désastreux : chaque ruche a besoin de 60 à 80 litres d’eau dans l’année pour prospérer. Faute de quoi, les ruches périclitent et le nombre de pertes grimpe en flèche. Sur une seule année, des milliers d’abeilles peuvent être décimées à cause des mauvaises conditions météo. « Et quand on a un printemps trop humide, comme c’est le cas cette année, les reines cessent de pondre. Or, à la belle saison, les abeilles vivent entre six et huit semaines. Sans nouvelles larves, la ruche meurt. »

180 kilos de miel au lieu d’une tonne

Au début de chaque printemps, Marc entame sa transhumance : il transporte ses ruches depuis Saint-Cézaire-sur-Siagne, où il est basé, jusque dans l’Ain, puis dans l’Ardèche. Cela permet à ses abeilles de butiner des acacias, puis des châtaigniers. « Sur l’acacia, j’avais une soixantaine de ruches, explique-t-il. Les bonnes années, je peux espérer près d’une tonne de miel. Cette année, j’en ai tout juste 180 kilos. »

En Ardèche, grâce à la nature des forêts de châtaigniers, un peu plus protégées des éléments, le résultat sera plus satisfaisant. Reste qu’avec une centaine de ruches en plus, par rapport à l’an dernier, il produira moins de miel en 2016 qu’en 2015. « Je m’en sors parce que j’ai beaucoup de ruches, mais les apiculteurs souffrent en ce moment. »

Ces abeilles ont butiné jusque dans l'Ain - Radio France
Ces abeilles ont butiné jusque dans l'Ain © Radio France - Lisa Melia
A Saint-Cézaine-sur-Siagne, Marc Rebuffo a une centaine de ruches - Radio France
A Saint-Cézaine-sur-Siagne, Marc Rebuffo a une centaine de ruches © Radio France - Lisa Melia

Frelons asiatiques et acariens

Surtout que la météo n’est pas le seul ennemi des abeilles. Outre le frelon asiatique, qui décime les ruches françaises depuis plusieurs années, elles doivent aussi lutter contre un acarien, le varroa destructor, un parasite qui peut se révéler particulièrement dangereux. Enfin, il y a les pesticides, contre lesquels les apiculteurs se battent depuis des années.

L’agriculteur est d’autant plus inquiet que le prix du miel français va augmenter, sous l’effet de la baisse des volumes. Les consommateurs risquent donc de privilégier les produits étrangers. « Le problème, râle Marc, c’est le faux miel en provenance de Chine. Ce n’est pas véritablement du miel, digéré par des abeilles, ce ne sont que des compositions chimiques à base de sucres et d’arômes. Le miel français est un produit noble. » Il en appelle donc aux consommateurs et leur demande de préférer les pots étiquettés : « récoltés en France »

Gelée royale

« Enfin, il faudrait que les élus soient davantage à notre écoute, conclut Marc. Ils affirment tous soutenir les agriculteurs, mais lorsque nous venons les voir avec un problème concret, la solution met des semaines, voire des mois et des années à être trouvée. » Marc souhaiterait ainsi diversifier son activité et se lancer dans la production de gelée royale, une substance qui rencontre beaucoup de succès. Pour y parvenir, il a besoin d’aménager le terrain sur lequel se trouve une partie de ses ruches. Il envisage même d’y créer une sorte de ferme des abeilles, où les touristes et les locaux pourraient découvrir le fonctionnement des ruches, la récolte du miel et la production de la gelée royale.

« Mais je suis bloqué par les élus et les administrations, pour des questions d’autorisations, et chacun se renvoie la balle », peste-t-il. Et pourtant, ça peut marcher, il en est sûr. Au moment-même où il décrit ce projet, son téléphone sonne. Au bout du fil, une touriste désespérée, qui se rend compte qu’elle n’a pas ramené assez de pots de miel de lavande, après son séjour à Grasse. Elle en voudrait au moins cinq de plus. La preuve, estime Marc, que le miel est un véritable attrait touristique pour la région. « Entre la météo, les frelons et les acariens, notre travail est déjà précaire… alors qu’on nous soutienne, au lieu de nous mettre des bâtons dans les roues », lance-t-il. Entende qui pourra.

Reportage près des ruches de Marc Rebuffo