Agriculture – Pêche

EN IMAGES - Les agriculteurs de l'Indre ont vu leurs revenus baisser de 75% en 4 ans

Par Pierre Coquelin, France Bleu Berry et France Bleu lundi 18 septembre 2017 à 21:10

Le cortège a fait un détour à la cité administrative de Châteauroux pour faire part de leur mal-être
Le cortège a fait un détour à la cité administrative de Châteauroux pour faire part de leur mal-être © Radio France - Pierre Coquelin

Alors que les Etats généraux de l'alimentation ont démarré et en pleine polémique sur le glyphosate, 80 agriculteurs de l'Indre ont défilé dans les rues de Châteauroux. Une manière selon eux de "mettre la pression" et de rappeler leurs difficultés. Une délégation a été reçue en préfecture.

"Aujourd'hui, on n'a plus de revenus. Heureusement que j'ai une épouse qui travaille à côté parce que la ferme n'est plus rentable". Philippe vient de Levroux, près de Châteauroux. Avec près de 80 de ses collègues, il est venu crier son ras-le-bol. "On est au ras des pâquerettes, en dessous du RSA", ajoute-t-il, et ce n'est pas faute de travailler "plus de 50 heures par semaine". Bruno, de Lye, dans le nord du département, ne peut qu’acquiescer : "ces 5 dernières années, et je compte 2013 qui a été une très bonne année, pour un couple en Gaec, on a en moyenne 800 euros par mois. Y en a ras-le-bol !", explique cet exploitant céréalier depuis près de 40 ans.

Dans l'Indre, les revenus agricoles ont fondu de 75% en 4 ans, passant de 22 000 à 5 500 euros. "Notre travail n'est pas reconnu à sa juste valeur. Les prix d'achats sont très bas. On ne comprend pas où vont les marges. Quand on voit Bigard qui boude les questions des parlementaires (lors d'une audition en commission, à l'Assemblée nationale), on ne le tolère pas", commente le président des Jeunes agriculteurs de l'Indre, Mathieu Naudet.

Un secteur en perdition

Des difficultés compilées dans un tract. On y voit notamment la composition du prix d'une baguette de pain, d'un steak haché ou d'un litre de lait. Sur une brique d'un litre achetée 77 centimes en grande surface, seuls 24 centimes sont reversés au producteur. "Je ne sais pas quel secteur d'activité peut accepter ça. L'agriculture est en train de disparaître. Tous les enfants d'agriculteurs s'en vont en courant, car ils ne veulent pas subir ce qui arrive à leurs parents", précise Jacques, qui a une exploitation céréalière de 300 hectares à Murs.

Force est de constater, mais c'était valable dans le gouvernement précédent également, le ministère de l'Agriculture est sous tutelle de celui de l'Écologie - Mathieu Naudet (président des JA de l'Indre)

Le cortège est parti du stade Gaston-Petit, en direction de la préfecture de l'Indre - Radio France
Le cortège est parti du stade Gaston-Petit, en direction de la préfecture de l'Indre © Radio France - Pierre Coquelin

Les agriculteurs ont profité de leur mouvement pour faire "de la pédagogie" auprès des passants, notamment sur un sujet qui fait polémique cette semaine : celui de l'utilisation du glyphosate, un herbicide controversé. "Nicolas Hulot veut supprimer le glyphosate : le gouvernement nous emmène en marche arrière", peut-on lire sur le tract. Allusion directe au mouvement d'Emmanuel Macron. Pour ces manifestants, arrêter le glyphosate signifierait le retour au labour, la détérioration de leurs terres, l'utilisation plus fréquente des tracteurs et donc plus de dioxyde de carbone, et aussi la prolifération de nuisibles (chardon, ambroisie) dans les cultures.

Les manifestants ont déposé de la paille devant le siège de l'ONEMA, la "police de l'eau", dans le département - Radio France
Les manifestants ont déposé de la paille devant le siège de l'ONEMA, la "police de l'eau", dans le département © Radio France - Pierre Coquelin

La polémique glyphosate

"Si on emploie du glyphosate c'est qu'on en a besoin. on l'emploie d'une façon raisonnée. Si on nous l'enlève, on va revenir à une agriculture des années 50 !", explique Philippe. Quant aux études montrant la dangerosité de l'herbicide, comme celle de Générations futures sur 30 aliments du quotidien, "certaines montrent que ce n'est pas dangereux". "Force est de constater, mais c'était valable dans le gouvernement précédent également, le ministère de l'Agriculture est sous tutelle de celui de l'Écologie", ajoute le président des JA de l'Indre.

Mathieu Naudet (président JA de l'Indre) : "A ce jour, aucune enquête scientifique ne montre la dangerosité du glyphosate"

Une délégation de 15 personnes a été reçue en préfecture. "Là, on a été gentils, mais si ça ne bouge pas rapidement, il faut s'attendre à d'autres actions, et on sera plus méchants", ajoute Mathieu Naudet.