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Gel dans l'Hérault : "J'aimerais faire sans aides financières, mais là, ça risque d'être compliqué"

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Par , France Bleu Hérault, France Bleu

Selon la Chambre d'Agriculture de l'Hérault, l'ensemble des vignobles a été touché par la gelée noire dans la nuit du mercredi au jeudi 8 avril 2021. À Montady, 90% du vignoble du domaine de la Grande Canargue est perdu. Les exploitants restent optimistes mais espèrent recevoir une indemnisation.

Émilie et Benjamin Faucheron ont repris l'exploitation familiale en 2014. Sur leurs 60 hectares, ils produisent 15 cépages.
Émilie et Benjamin Faucheron ont repris l'exploitation familiale en 2014. Sur leurs 60 hectares, ils produisent 15 cépages. © Radio France - Clara GUICHON

À Montady, à côté de Béziers (Hérault), le domaine de la Grande Canargue offre quasiment un paysage automnal. À quelques exceptions près, les feuilles des vignes sont marron, mortes suite au violent épisode de gel. Dans la nuit du mercredi au jeudi 8 avril 2021, les températures sont descendues jusqu'à -8 degrés. De nombreuses exploitations du département souffrent. Celle d'Émilie et de Benjamin Faucheron n'est pas épargnée. Les vignerons estiment les pertes à 90%.

Un paysage de désolation

"Il n'y a plus rien, souffle Émilie Faucheron, qui a repris l'exploitation familiale avec son compagnon en 2014. Là, vous voyez une petite grappe. Elle allait donner du raisin. Mais comme la sève ne l'alimente plus, c'est mort..." Sans que l'on sache vraiment pourquoi, quelques feuilles, encore vertes, ont survécu. Mais elles sont bien rares.

Quand j'ai vu ça je me suis dit : ok, on arrête tout. On laisse l'exploitation à quelqu'un d'autre. Mais c'était sur l'instant de la colère - Émilie Faucheron, vigneronne depuis 7 ans

Tout n'est pas perdu, selon Émilie Faucheron : il est possible que les vignes fassent des contre-bourgeons, c'est-à-dire qu'elles en fabriquent une seconde fois. "Si c'est le cas, la plante peut donner deux choses, explique la professionnelle de 35 ans. Soit des grappes, soit des vrilles, c'est-à-dire des feuilles qui lui permettent de s'accrocher. Le problème, c'est que si elle donne des vrilles, elle ne produira pas de fruits, donc pas de raisins."

Le gel a détruit les cultures.
Le gel a détruit les cultures. © Radio France - Clara GUICHON

Autre inquiétude : d'autres épisodes de gel sont attendus. Les exploitants restent donc attentifs. "On va observer les vignes, les aider tant qu'on pourra, mais il ne faut pas qu'elles refassent des grappes trop tôt, indique Émilie Faucheron. Si les températures chutent à nouveau, ces grappes mourront. Et là, c'est sûr, elles ne pourront pas redonner des bourgeons une troisième fois."

On a déjà beaucoup de lignes de crédit, on ne peut pas en ajouter encore une autre - Émilie Faucheron, vigneronne depuis 7 ans.

Si c'est le cas, Émilie et Benjamin Faucheron ne pourront pas s'en sortir sans aide financière. "La seule solution qui nous resterait, c'est d'aller voir notre banque, et de contracter un crédit, estime l'exploitante. Mais je ne veux pas en venir à ça. On a déjà des lignes de crédit, comme on a racheté l'exploitation. J'aimerais beaucoup faire sans aides de l'Etat ou de l'Europe, mais là, ça risque d'être compliqué."

Au moment de la récolte, on va se demander si on a assez de grappes, si ça vaut le coup de dépenser pour sortir la machine à vendanges - Emilie Faucheron, propriétaire du domaine de la Grande Canague

Ravagé par le gel pour la première fois en quatre générations

Émilie et Benjamin Faucheron n'avait pas souscrit à une assurance, comme celle-ci indemnise les professionnels, en général, lorsque plus de 10% de l'exploitation est touchée. Or, depuis que le domaine existe - une petite centaine d'années - seuls 5 hectares sur les 60 ont déjà souffert du gel. "C'est une petite parcelle, située dans les bas-fonds et donc plus à risque en ce qui concerne les épisodes de gel, explique Émilie Faucheron. Ça représente moins de 10% de notre exploitation. Et le reste n'a jamais été touché. Et je ne parle pas sur quelques années, non, c'est sur des générations! Alors bien sûr, quand ça ne nous est jamais arrivé, on préfère mettre notre argent dans autre chose."

Depuis qu'on a repris l'exploitation, on n'arrête pas de dire : ah, on n'a jamais vu ça! On n'a jamais vu un épisode de sécheresse aussi fort! On a n'a jamais eu une telle gelée noire, même en 1991! On dit ça en rigolant, mais ça commence à devenir pénible - Émilie Faucheron, vigneronne depuis 7 ans.

Si bien qu'au départ, le couple n'avait pas du tout pris conscience de l'ampleur des dégâts. Quand ils se lèvent, ce jeudi matin, ils se précipitent vers les 5 hectares les plus fragiles et font l'état des lieux pendant plusieurs heures. Ils ont déjà fait le deuil de cette partie de l'exploitation pour cette année. Puis, ils partent aider leurs voisins, eux aussi touchés par le gel. C'est ensuite, lorsqu'ils remontent sur leur exploitation, qu'ils constatent quelque chose d'anormal. "Et puis le lendemain, quand on se lève, on se dit que ce n'est qu'un cauchemar, rit Émilie Faucheron. Qu'on va retourner voir les vignes et qu'elles seront belles."

"Au fur et à mesure, on a vu le carnage" - Emilie Faucheron, propriétaire du domaine de la Grande Canague

Même au-delà de la récolte 2021, les deux professionnels sont conscients qu'ils vont devoir trimer les prochaines années. "Les vignes vont accuser le coup, lâche Benjamin Faucheron. C'est comme pour nous. Quand on a un coup de stress, par exemple, on prend une ride. Là, c'est la même chose. Les vignes ont eu un coup de stress, elles risquent de moins produire les années suivantes."

Suite à ce dramatique événement, le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, a annoncé l'activation du dispositif de calamité agricole. Les vignobles n'y sont pas éligibles, car les exploitants peuvent souscrire à une assurance. Ce samedi, le Premier Ministre, Jean Castex, a promis des "aides exceptionnelles", sans s'avancer sur les montants. De même, pour les exploitants de la Métropole de Montpellier, son président, Michaël Delafosse, a assuré de la création d'un fonds d'urgence, sans en préciser les chiffres. 

La Chambre d'Agriculture de l'Hérault reste aux côtés des agriculteurs concernés. Vous pouvez les joindre par mail à l'adresse celluledecrise@herault.chambagri.fr, ou par téléphone au 04 67 20 88 17.

La gelée noire a détruit 90% de leur exploitation

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