Agriculture – Pêche

À Grenoble, on cultive son potager sur le toit

Par Alexandre Berthaud, France Bleu Isère mardi 4 avril 2017 à 18:07

Sacs de terreau, et bac à légumes : un potager se trame sur le toit de la Casemate !
Sacs de terreau, et bac à légumes : un potager se trame sur le toit de la Casemate ! © Radio France - Alexandre Berthaud

L'association "Cultivons nos toits" a entamé un processus sur le toit de la Casemate à Grenoble : cultiver un potager pouvant produire une tonne de légumes par an. Le début, ils l'espèrent, d'une culture généralisée sur les toits de la ville iséroise.

Ils sont sept membres de l'association "Cultivons nos toits", ainsi que quelques bénévoles, à s'activer en bas de la Casemate (Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle de Grenoble), en bord d'Isère à Grenoble. Spectacle étrange pour les quelques badauds passant par là, deux hommes s'activent à l'arrière d'un camion chargé de compost. Ils remplissent des sacs qui prennent ensuite la direction du toit, à l'aide d'un monte-charge.

Mickaël travaille dur pour amener le compost sur le toit. - Radio France
Mickaël travaille dur pour amener le compost sur le toit. © Radio France - Alexandre Berthaud

En haut, d'autres récupèrent la marchandise. Mais pourquoi diable apporter de la terre sur le haut de ce bâtiment scientifique ? Et bien pour y construire un potager, pardi. Pour le moment l'installation n'est pas terminée et le toit ne ressemble pas à grand chose, mais à terme, 300 mètres carrés de toit seront dédiés à la culture de légumes.

66 hectares de toit "cultivables" à Grenoble

"Et dès cette année les membres de l'association comptent produire une tonne de légumes. Pour l'instant on n'a pas la capacité de fournir une AMAP, ou Episol (épicerie solidaire à Grenoble), mais à terme on espère investir d'autres toits pour produire davantage." Les mots sont de César, un des créateurs de l'association. Et des toits à exploiter, il le sait, Grenoble n'en manque pas.

À terme, le projet devrait ressembler à ceci : et sera visible depuis la route pour faire de la publicité au maraîchage aérien. - Radio France
À terme, le projet devrait ressembler à ceci : et sera visible depuis la route pour faire de la publicité au maraîchage aérien. © Radio France - Alexandre Berthaud

Lorena est la stagiaire chargée de collaborer avec la ville. "On recense les toits de plus de 300 mètres carrés et plats", explique-t-elle, "et on a élargi la recherche à la métropole". Si on se limite à la ville de Grenoble, plus de 170 hectares de toitures sont plats et 66 seraient exploitables. "Et du côté de Saint-Martin-d'Hères avec le campus, le potentiel est très grand aussi", ajoute Lucas, autre co-créateur de l'association.

"Une vraie demande de vert"

De quoi révolutionner le maraîchage, ou en tout cas de faire de ce petit exemple de la casemate un vrai mouvement, le "maraîchage aérien". "C'est bien simple, depuis que je suis dans l'association, je n'ai que des retours positifs, on me dit 'moi aussi je veux un potager'" témoigne Lucas, "il y a une vraie demande de vert". Et le but, il l'avoue, est bien d'exploiter d'autres toitures, et pourquoi pas d'initier un mouvement d'agriculture urbaine, qui a déjà débuté sur certains balcons.

Ils sont sept dans l'association 'Cultivons nos toits' : trois temps partiels, deux services civiques, deux stagiaires. Mais aussi de nombreux bénévoles ! - Radio France
Ils sont sept dans l'association 'Cultivons nos toits' : trois temps partiels, deux services civiques, deux stagiaires. Mais aussi de nombreux bénévoles ! © Radio France - Alexandre Berthaud

Pour cela, les initiatives doivent être "encadrées" pour donner aux gens "l'envie de se mettre à jardiner", dit-il. l'ambition de 'Cultivons nos toits' est de devenir un vrai producteur bio, et de proximité. "Les plants sont bios, on travaille avec une pépiniériste ("Ça dépote") à Crolles, qui dès cette année nous fournit 1.300 plants". L'association a récolté 8.000 euros via une cagnotte Ulule et un financement participatif pour faire démarrer le projet.

Une collaboration entre plusieurs associations

"Les donateurs, ainsi que quelques restaurants locaux, seront les seuls à bénéficier des légumes cette année, étant donné que notre production n'est pas très importante", précise César. Néanmoins on est loin du coup d'essai classique. Dans l'équipe, Mickaël est agronome, et a mis sur pied une production qu'il estime efficace, avec quelques idées novatrices. Le tout en respectant la saisonnalité des légumes.

Les 40 bacs de 50 litres ont été fabriqués avec l'aide et le concours de l'association Entropie. - Radio France
Les 40 bacs de 50 litres ont été fabriqués avec l'aide et le concours de l'association Entropie. © Radio France - Alexandre Berthaud

Enfin, l'association a collaboré avec Entropie, autre organisation grenobloise, pour construire les 40 bacs en bois. Entropie aide les particuliers à construire leurs propre objets (le plus souvent à vocation éco-responsable) en bois. Bénévoles et membres de 'Cultivons nos toits' ont donc trimer durant trois jours, mais cela paie : 1.300 euros d'économie, et un projet qui tient le cap : celui d'une ville productrice de légumes.

Parmi les innovations, des murs végétalisés, fournis par Le Mur Jardin, innovateur en matière de murs végétaux. - Radio France
Parmi les innovations, des murs végétalisés, fournis par Le Mur Jardin, innovateur en matière de murs végétaux. © Radio France - Alexandre Berthaud

Avec la même productivité que sur le toit de la Casemate, et si Grenoble n'utilise qu'un petit quart de sa surface de toit "cultivable" (66 hectares), la ville pourrait produire 50 tonnes de légumes par an.