Agriculture – Pêche

Grippe aviaire en Dordogne : les réponses à vos questions

Par Olivier Uguen, France Bleu Périgord lundi 18 janvier 2016 à 9:00

Frédéric Piron, directeur des services vétérinaires de Dordogne
Frédéric Piron, directeur des services vétérinaires de Dordogne © Radio France - Benjamin Fontaine

Frédéric Piron, directeur des services vétérinaires de Dordogne, répondait ce lundi matin aux questions des auditeurs de France Bleu Périgord, après que le gouvernement ait annoncé des mesures drastiques pour lutter contre l'épizootie de grippe aviaire.

Invité de France Bleu Périgord ce lundi matin, Frédéric Piron, directeur des services vétérinaires de Dordogne, est revenu sur les mesures inédites prises en fin de semaine dernière pour endiguer la grippe aviaire : les élevages vont devoir se vider d'ici au mois d'avril pour faire place à un vide sanitaire de deux mois, le temps de nettoyer les exploitations, dans 18 départements du sud-ouest. 

L'interdiction temporaire d'accueillir des canetons et oisons entre en vigueur par étapes à partir de ce lundi dans les élevages de canards et d'oies.

En quoi consistent les mesures contre la grippe aviaire ?

Frédéric Piron : Le plan consiste à dépeupler progressivement les élevages de palmipèdes. A partir d'aujourd'hui, et jusqu'au 1er avril, les élevages vont arrêter progressivement leur activité de sorte de créer un vide sanitaire d'environ deux mois (...) pour repartir dans des conditions sanitaires sécurisées pour l'automne 2016. 

A compter d'aujourd'hui, il n'est plus autorisé d'introduire des jeunes palmipèdes de moins de trois semaines dans les élevages. A compter du 8 février, on ne pourra plus rentrer du tout de jeunes palmipèdes quelque soit l'âge dans les élevages. Et à compter du 1er avril, interdiction absolue d'intégrer des palmipèdes dans les salles de gavage.

Les détenteurs de basse-cour sont-ils concernés?

Ces mesures s'appliquent dans les élevages professionnels, commerciaux, mais les détenteurs de basse-cour doivent également faire l'effort, de sorte qu'on puisse faire le maximum, que l'effort soit collectif et qu'il se fasse au même moment pour qu'on ait un grand vide sanitaire sur la zone pour que le virus arrête de circuler (...).

Dès le départ, on a voulu associer les basses-cours aux mesures prises. Il faut que les détenteurs de basse-cour fassent l'effort de ne pas avoir de canard pendant la période d'interruption complète de la production. Sur le plan sanitaire, il y a une logique à ce que tout le monde fasse le même effort. Après, il ne faut pas stigmatiser les basses-cours. Le risque est faible.

Et pourquoi pas les volailles ?

C'est simplement lié au fait que chez les palmipèdes - chez les canards comme chez les oies - la maladie peine à s'exprimer. On n'arrive pas à l'identifier clairement. C'est cette difficulté à détecter la maladie qui nous impose de prendre ces mesures spécifiques sur la filière palmipède, dont on sait qu'elle est particulièrement infectée : 42% des élevages de palmipèdes contrôlés dans la zone se sont révélés positifs. 

Quid des oiseaux migrateurs ?

Effectivement, au début, la faune sauvage semblait être l'explication la plus simple pour expliquer la survenue du virus. En vérité, d'autres explications se sont fait jour depuis. Ce que l'on pense maintenant (c'est une hypothèse pas encore totalement confirmée par les experts), c'est que ce ce virus hautement pathogène est le produit de la modification génétique d'un virus faiblement pathogène déjà présent dans les élevages et qui a muté (...). Traiter la faune sauvage c'est un peu illusoire malheureusement.

Comment va se passer l'indemnisation des éleveurs ?

Bien entendu, un plan d'accompagnement est en voie de préparation à l'échelle ministérielle. Ce qui est clair c'est que l'impact économique sera important. Il sera différent, néanmoins, en fonction de la manière dont l'élevage est intégré ou pas à une filière à travers des groupements de producteurs. Les petits éleveurs risquent de connaitre des difficultés économiques plus importantes. Il faudra que les aides soient ciblées.

Pour ce qui concerne les élevages infectés, l'indemnisation est claire et programmée : tous les élevages vont être indemnisés dans le délai de quelques semaines.

Comment va-t-on indemniser les circuits courts ?

Pas de réponse précise pour l'instant. Le ministère de l'Agriculture travaille d'arrache-pied pour préparer un plan d'accompagnement de la filière. Le plan sera différent en fonction du profil de l'éleveur et de son indépendance financière.

Qui va nous fournir en foie gras cet été ?

D'autres régions françaises produisent du foie gras (...). Le consommateur français et les restaurateurs pourront aussi se fournir à l'étranger. Il faut savoir que cette surveillance sanitaire et les mesures prises valent pour toute l'Europe communautaire. Les mesures comme la grippe aviaire font par ailleurs l'objet d'une surveillance mondiale.

Mangera-t-on du foie gras pour les fêtes ?

Oui, absolument. Il y aura de la production de foie gras dans le sud-ouest pour cet automne.

Le virus peut-il muter et toucher les hommes ?

Le risque de mutation de ce virus pour en faire un virus dangereux pour l'homme fait partie des raisons à l'origine des mesures prises. C'est très faible, mais ça reste possible. Il faut tout faire pour retirer ce virus du territoire le plus vite possible.

AUDIO - Frédéric Piron invité de France Bleu Périgord, au micro de Valérie Dejean.

Grippe aviaire: Frédéric Piron invité de France Bleu Périgord

Frédéric Piron répond aux questions des auditeurs de France Bleu Périgord.

Frédéric Piron répond aux questions des auditeurs de France Bleu Périgord

Pour l'instant, le virus n'est pas transmissible à l'homme, selon les premières analyses révélées mi-décembre par l'Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation. Le gouvernement a en outre régulièrement rappelé que la consommation de volaille, oeufs et foie gras ne présente aucun risque.

A ce jour, 69 foyers d'influenza aviaire hautement pathogène ont été découverts dans le sud-ouest de la France, dont 13 en Dordogne.