Agriculture – Pêche

Grippe aviaire : "On nous enlève notre travail" réagit un agriculteur

Par Pauline Pennanec'h, France Bleu Gironde dimanche 17 janvier 2016 à 18:55

Philippe Fazembat et son fils Tom, agriculteur à la Ferme du Moulinat
Philippe Fazembat et son fils Tom, agriculteur à la Ferme du Moulinat © Radio France - Pauline Pennanec'h

Les élevages d'oies et de canards sont vidés à partir de ce lundi dans tout le Sud-Ouest, y compris en Gironde. Les producteurs de canards sont désemparés et vont devoir faire face à une perte colossale. La Ferme du Moulinat, à Loubens en Gironde, produit exclusivement des produits issus du canard.

Philippe Fazembat est agriculteur, propriétaire de La Ferme du Moulinat, située à Loubens, en Gironde. La famille Fazembat produit du canard depuis sept générations : "On se réveille avec le canard, on pense canard... Et aujourd'hui, on est coincés !" réagit Philippe. 

L'agriculteur a un sourire de façade, mais derrière ses lunettes, il a les larmes aux yeux. Les mots sont durs à prononcer : "C'est un coup de poignard dans le dos", dit-il. 

"On ne sait pas où on sera demain. On sait qu'on sera toujours agriculteurs, mais notre économie va être très fragilisée"

— Philippe Fazembat

Une perte de 400 000 euros

Plus de production de canards jusqu'au mois de septembre. La Ferme du Moulinat a fait ses calculs : c'est une perte colossale de plus de 400 000 euros, presque 6400 canards en moins.

Depuis ce week-end, le téléphone n'arrête pas de sonner. Les amis prennent des nouvelles, les clients tentent de les soutenir : "Toute la famille est concernée. J'ai deux enfants installés sur la propriété. Mon troisième sait que ça n'est pas la peine, c'est très aléatoire", explique l'agriculteur.

"On n'a plus d'avenir à court terme" déplore Philippe Fazembat

Ils rebondiront, c'est sûr, il le faut. Mais c'est surtout l'été qu'ils travaillent : c'est 80% de leurs revenus. "Ça va se calculer sur six mois, mais ça n'est pas sur six mois que ça doit se calculer ! Ça doit se calculer dans quatre ans. Là, on pourra se revoir et faire le point", dit-il.

"On ne parle pas de suicide, mais..." 

Les conséquences financières seront à long terme, mais aujourd’hui c’est le moral qui ne va pas. Philippe a des collègues très touchés : "Pour le paysan rustique, il n'est pas capable de s'ouvrir une nouvelle porte pour continuer à survivre ! Il coule ! Et il y en a un paquet. Là on ne parle pas de suicide, mais le suicide va y être. L'indemnisation doit être prise en totalité puisqu'on est totalement dépendant de cette obligation !"

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a promis des aides financières. Une promesse insuffisante pour l’agriculteur.

La Ferme du Moulinat démunie face au plan d'éradication - Reportage

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