Agriculture – Pêche

INFOGRAPHIE Quatre agriculteurs sur dix gagnent moins de 350 € par mois dans le Cher

Par Marc Bertrand, France Bleu Berry lundi 17 octobre 2016 à 18:14 Mis à jour le lundi 17 octobre 2016 à 18:33

Dans l'Indre, un agriculteur sur trois se verse moins de 354€ par mois, selon les statistiques de la Mutualité Sociale Agricole (MSA).
Dans l'Indre, un agriculteur sur trois se verse moins de 354€ par mois, selon les statistiques de la Mutualité Sociale Agricole (MSA). © Radio France - Marc Bertrand

1569 agriculteurs du Cher vivent avec des revenus inférieurs au RSA, et ils sont 1274 dans l'Indre, selon les chiffres de la Mutualité Sociale Agricole. Au niveau national, la précarité a augmenté dans la profession avec la crise agricole.

Un exploitant sur trois en France vit aujourd'hui avec moins de 350 euros par mois, un nombre en forte augmentation puisqu'ils n'étaient qu'un sur cinq l'an dernier. La MSA, la sécurité sociale des agriculteurs a tiré ce chiffre de leurs déclarations de revenu 2015.

Le Berry suit la tendance. 33,5% des exploitants de l'Indre sont par exemple dans cette situation. L'élevage comme les grandes cultures sont concernés. Pour le Cher, c'est pire : près de 43% des exploitants agricoles du département ont déclaré des revenus inférieurs à 354€/mois l'an dernier.

Et ces chiffres datent d'avant la crise de cette année. L'élevage et le secteur laitiers connaissent des difficultés depuis plusieurs années. Pour les céréaliers, les trois dernières années ont été compliquées, mais les très mauvaises récoltes de cette année ont rendu la situation catastrophique, notamment pour les céréaliers de la Champagne Berrichonne. La MSA s'attend à des chiffres encore plus alarmants pour 2016.

"Si je peux me retirer 500 ou 600 euros par mois, c'est le bout du monde"

Gaël Pichon, jeune agriculteur à Saint-Chartier, près de La Châtre, ressent ces difficultés. Il a pris des parts dans l'exploitation de ses parents, de l'élevage ovin et de la polyculture, il y a neuf ans, mais il doit encore rembourser des emprunts liés à son installation. "Je vais être en perte à hauteur de 400€ de l'hectare, sur 200 hectares environ [80 000€ de perte en tout]. Et il faut encore compter autant pour remettre en culture et payer les semences. Même en comptant les aides sur la tonne de blé, ça boucle pas !"

"Je veux pas rester à broyer du noir sur mon exploitation. Mais sortir, inviter du monde ça a un coût !" Gaël, agriculteur à Saint-Chartier

A la fin du mois, la paie est maigre : "Quand je me suis retiré cinq ou six cent euros par mois, c'est tout le bout du monde. Moi clairement je veux pas rester à broyer du noir sur mon exploitation. Faut se changer les idées, sortir, mais inviter du monde pour boire un coup ça a un coût ! Et des fois on tire partout pour économiser de l'argent".

Le plan de soutien du gouvernement, pas à la hauteur des attentes

Le gouvernement a lancé un plan de soutien aux agriculteurs début octobre. L'Etat garantit la moitié des prêts des agriculteurs auprès des banques jusqu'à la fin de l'année, pour éviter aux agriculteurs d'engager des cautions ou de gager leur maison ou leurs terres.

Pikotchart - Radio France
Pikotchart © Radio France

Le gouvernement propose aussi de reporter d'un an les annuités des prêts. C'est ce qu'on appelle l'année blanche. Des dispositifs qui ont déjà été utilisés pour le plan de soutien à l'élevage, mais qui avaient été sous-utilisés. Les conditions pour obtenir les nouvelles aides n'ont d'ailleurs pas encore été totalement détaillées.

Cette année, la MSA attendait 60 000 demandes de prime d'activité... elle en a reçu 200 000 !

En attendant, la MSA enregistre une explosion des appels d'agriculteurs qui demandent à bénéficier de la prime d'activité, le dispositif qui a remplacé le RSA activité. La sécurité sociale agricole en attendait 60 000, elle en a reçu... 200 000, depuis le début 2016. La prime d'activité, reservée aux travailleurs avec de bas revenus, s'élève à environ 200€ par mois.

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