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INVITÉ - "Un certain nombre d'agriculteurs de notre département sont dans un état désespéré"

Par Christophe Tourné, France Bleu Bourgogne mercredi 5 octobre 2016 à 11:31

Vincent Lavier, le président de la Chambre d'Agriculture de la Côte-d'Or
Vincent Lavier, le président de la Chambre d'Agriculture de la Côte-d'Or © Radio France - Stéphane Parry

Au lendemain de la présentation par le gouvernement d'un nouveau plan d'aide aux agriculteurs, le président de la Chambre d'agriculture de la Côte-d'Or, Vincent Lavier, était l'invité de France Bleu Bourgogne ce mercredi à 7h52. Voici ce qu'il pense des mesures annoncées par Manuel Valls.

Le président de la Chambre d'agriculture de la Côte-d'Or, Vincent Lavier, est catégorique. "La Côte-d'Or est un département où les agriculteurs ont beaucoup souffert, toutes cultures confondues, des aléas climatiques. Il y a eu les conséquences du gel sur les vignes au mois d'avril, et celles des intempéries du printemps et notamment l'excès de pluviométrie et l'absence de luminosité sur les récoltes céréalières qui ont diminué de 50%. Cette année, la production agricole du département est très affectée. Aujourd'hui, il y a un certain nombre d'agriculteurs de notre département qui sont dans un état désespéré."

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Ce plan présenté par le gouvernement est il de nature à les rassurer ?

"Je pense qu'on a franchi un cap. Jusqu'à aujourd'hui, les plans de soutien globalement consistait en un espèce de saupoudrage où les gens pouvaient espérer entre 500 et 1000 euros d'aides qui n'étaient pas de nature à résoudre leur problématique.

Là, on a vraiment un point fort qui me semble être celui qui tourne autour des mesures bancaires avec la mise en place d'un fonds de garantie. Il permet aux agriculteurs d'avoir de nouveaux prêts, d'aménager des prêts existants, d'avoir une vraie refonte du financement de leur exploitation. C'est là le principal sujet aujourd'hui parce que, en fait, on n'a plus assez de revenus pour faire face à nos engagements bancaires, donc ça c'est un vrai plus. Ca ne concernera pas forcément tout le monde mais là il y a une vraie avancée. Il y a un fonds de garantie qui va permettre de cautionner à peu près un milliard et demi de prêts."

Le gouvernement veut aussi aider à la reconversion des agriculteurs. Y-a-t-il un réel besoin ?

"En agriculture, ce n'est pas comme dans l'artisanat ou le commerce, on n'arrête pas comme ça. Des agriculteurs peuvent durer dans des situations difficiles pendant des années parce que, bien souvent, il y a un capital à la base. C'est ce capital qui permet de durer en décapitalisant lentement. Aujourd'hui, il y a des gens qui vivent dans des situations d'extrême pauvreté, qui ne le font pas savoir parce que quelque part, c'est vécu comme une honte. On a malgré tout peu de gens qui sont prêts à sortir de leur métier.

Les mesures d'accompagnement mises en place dans le cadre de ce plan, vont permettre d'apporter des solutions à ceux qui veulent reprendre une formation. Car c'est bien beau de sortir du métier mais pour faire quoi ? Bien souvent les agriculteurs n'ont pas des formations qui leur permettent de trouver quelque chose sur la marché du travail. Les accompagner dans ce cadre là, oui c'est important."

Le gouvernement propose aussi de remplacer gratuitement les agriculteurs victimes d'un burn out ?

"Les burn out, ce sont des situations malheureusement qu'on connaît depuis quelques années. On n'a pas le choix quand on est dans ces situations là. Moi j'ai vu des exploitants qui par surcharge de travail, qui par isolement, qui par problématique familiale, parce que bien souvent les difficultés se cumulent, pètent complètement les plombs et qui ne sont même plus capables de se lever le matin pour aller nourrir leurs animaux.

Face à ces situations, le fait d'avoir des solutions de remplacement est extrêmement important. Je crois que les agriculteurs qui décrochent à un moment donné, ne se posent pas la question de savoir si c'est bien ou pas de confier leur exploitation à quelqu'un d'autre. Là, il y a une nécessité absolue. C'est une bonne mesure."

Ce nouveau plan va-t-il résoudre la crise de agriculteurs à long terme ?

"Non, pas les problèmes structurels, clairement !"

l'interview de Vincent Lanier

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