Agriculture – Pêche

La colère des fileyeurs du Nord contre la pêche électrique

Par Martin Cotta, France Bleu Nord mercredi 10 août 2016 à 6:00

Chalutier (illustration)
Chalutier (illustration) © Maxppp - MICHAEL ESDOURRUBAILH

La pêche électrique inquiète les fileyeurs des Hauts-de-France. Interdite dans notre pays mais autorisée par l'Union européenne depuis 2006 aux pêcheurs des Pays-Bas "à titre d'expérimentation", certains professionnels estiment que la pratique détruit en masse les espèces de poissons en mer.

Dans le Port de Boulogne-sur-Mer, si vous prononcez les mots de "pêche électrique" vous ne vous faites pas que des amis. "C'est de la pure m.... qu'ils nous ont sorti là c'est tout" braille un premier pêcheur. Depuis 2006, la commission européenne autorise la Belgique mais surtout les Pays-Bas à tester cette méthode en mer du Nord et dans les eaux françaises de la Manche. La pêche électrique consiste à envoyer une charge électrique dans les fonds marins pour paralyser les poissons et les ramasser ensuite à l'aide d'un filet.

"Dans 4-5 ans les Néerlandais auront décimé une espèce"

Depuis 10 ans, Stéphane Pinto croise dans la Manche, des pêcheurs néerlandais avec leur chalut électrique. "Avant il pêcher 1.000 tonnes dans l'année, mais aujourd'hui avec la pêche électrique, ils ramassent 2.000 à 3.000 tonnes" explique-t-il. Une forme de concurrence déloyale par rapport à la méthode de pêche traditionnelle au filet d'après lui. Et  la ressource s'épuise, notamment la saule qui représente 90% du chiffre d'affaires des pêcheurs de Boulogne. La France a d'ailleurs interdit "l'électrofishing" car cette méthode permet d'accéder à la ressource (le poisson) trop facilement. "Si on tue les [poissons, ndlr] adultes, les juvéniles et aussi ce qui servira demain à la ressource, dans quatre ou cinq ans, les Néerlandais auront décimé une espèce au détriment d'autres flottilles" explique Stéphane Pinto.

Stéphane Pinto porte-parole des fileyeurs de Boulogne-sur-Mer - Radio France
Stéphane Pinto porte-parole des fileyeurs de Boulogne-sur-Mer © Radio France - Martin Cotta

De plus, les rares études sur la pêche électrique sont réalisées par les Pays-Bas, plutôt favorables à la pratique. Et ses études ne répondent pas forcément à toutes les questions d'après le porte-parole des fileyeurs de Boulogne-sur-Mer. "Que se passe-t-il sous l'eau quand les décharges électriques sont envoyées dans les fonds marins, sur les alvins, sur les œufs et les autres espèces de poissons ?" s'interroge Stéphane Pinto. Pour l'instant aucune discussion n'a été engagée entre les représentants français et néerlandais de la pêche au sujet de la pratique.

"Que se passe-t-il sous l'eau quand les décharges électriques sont envoyées dans les fonds marins (...) ?"

Autre inconvénient pour les fileyeurs du nord : l'aspect du poisson. Quentin navigue chaque semaine depuis 9 ans à bord de la Mère Louise. Après le passage des chaluts électrique le poisson ramassé "est cramé avec une brûlure sur sa peau. Ce n'est donc pas très présentable aux clients quand nous le vendons sur notre stand dans la criée" peste le pêcheur. Du côté des Hollandais, on avance un argument écologique pour justifier la pratique : les chalutiers seraient plus légers sur l'eau et consommeraient donc 20 à 40% de moins de fuel en mer.

Les explications de l'inventeur néerlandais du chalut électrique : Harmen Klein Woolthuis

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