Agriculture – Pêche

La crise du lait touche aussi l'Isère

Par Véronique Pueyo, France Bleu Isère mardi 23 août 2016 à 19:20

L'une des cent vaches laitières de la ferme des treize fontaines à Brézins
L'une des cent vaches laitières de la ferme des treize fontaines à Brézins © Radio France - Véronique Pueyo

En pleine crise du prix du lait, le préfet de l'Isère et le président du Conseil départemental se sont rendus dans la ferme des Treize Fontaines à Brézins pour prendre le pouls d'une profession en colère. Une rencontre organisée par la Coordination Rurale qui veut encore croire au dialogue.

Nicolas Perrin a repris la ferme familiale en 2002 et décide de faire de gros investissements pour moderniser l'exploitation. Il achète deux robots de traite, 150.000 euros pièce - c'est un confort de travail qui assouplit les contraintes de la traite du matin et du soir - et agrandit ses bâtiments et son troupeau. Deux jeunes agriculteurs s'associent avec lui. Mais quatorze ans après, c'est la désillusion. Car, en produisant 960.000 litres de lait par an, cela n'est pas rentable, il perd de l'argent, soit 0,14 centimes par litre de lait vendu.

"Cela ne peut plus durer, lance Nicolas Perrin, qui fait visiter sa ferme au préfet, Lionel Beffre, et au président du conseil départemental, Jean-Pierre Barbier, du parti Les Républicains. Qui voudrait se lever le matin pour travailler à perte ?"

Nicolas Perrin, de la ferme des 13 Fontaines, présente son exploitation au préfet et au président du Conseil départemental - Radio France
Nicolas Perrin, de la ferme des 13 Fontaines, présente son exploitation au préfet et au président du Conseil départemental © Radio France - Véronique Pueyo

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Les élus et le préfet écoutent, posent des questions. Les militants de la Coordition Rurale présents renchérissent : "Moi, je fais du lait aussi, dans le Vercors : je ne peux plus m'en sortir. Je vais arrêter dans 8 mois", confie un éleveur, très ému. On évoque le problème des normes qui sont trop rigides en France par rapport à celles en vigueur en Espagne, en Italie ou en Allemagne.

On fait le dos rond, en attendant que la crise passe. Mais passera-t-elle ?" - Nicolas Perrin, agriculteur à Brézins

Le robot de traite, les vaches y vont d'elles-mêmes et attendent leur tour, tranquillement, un gain de temps pour l'éleveur qui a un coût  - Radio France
Le robot de traite, les vaches y vont d'elles-mêmes et attendent leur tour, tranquillement, un gain de temps pour l'éleveur qui a un coût © Radio France - Véronique Pueyo

Audrey Perrin, l'épouse de Nicolas, s'est lancée dans le e-commerce, l'agro-tourisme et s'occupe également de la vente directe de la noix de Grenoble, une AOC (Appellation d'Origine Contrôlée) qui permet  à la ferme de tenir encore debout. "C'est la noix de Grenoble qui nous permet de nous en sortir. Mais je ne trouve pas normal de devoir renflouer notre activité laitière avec l'argent gagné grâce à la vente de la noix de Grenoble !", insurge Audrey

La ferme"modèle" de Brézins est prise dans la tourmente de la crise du lait.  - Radio France
La ferme"modèle" de Brézins est prise dans la tourmente de la crise du lait. © Radio France - Véronique Pueyo

Le président du Conseil départemental explique qu'au niveau local, il met en place  un pôle agricole départemental, qui permettra aux agriculteurs de vendre à un prix correct leur production qui servira ensuite à fabriquer les repas des fonctionnaires de l'agglo grenobloise. Le préfet, lui, a pris des notes et promet de faire remonter les demandes des éleveurs à Paris.

Le couple Perrin va continuer à se battre pour survivre mais, explique Nicolas : "Je n'encouragerai pas mes enfants à reprendre la ferme. Tant pis si la lignée paysanne de notre famille se termine avec nous !"

La Coordination rurale emmène partout cette belle vache tricolore, comme un emblème, pour sauver la filière lait - Radio France
La Coordination rurale emmène partout cette belle vache tricolore, comme un emblème, pour sauver la filière lait © Radio France - Véronique Pueyo

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