Agriculture – Pêche

La grippe aviaire gagne du terrain dans le Nord Béarn

Par Axelle Labbé, France Bleu Béarn jeudi 26 janvier 2017 à 19:39

Thierry Lacoste, éleveur à Coslédaà-Lube-Boast et Patrick Cabana, éleveur à Sévignacq, devant le nouveau bâtiment
Thierry Lacoste, éleveur à Coslédaà-Lube-Boast et Patrick Cabana, éleveur à Sévignacq, devant le nouveau bâtiment © Radio France - Axelle Labbé

Le ministère de l'agriculture a publié ce jeudi matin une nouvelle liste des communes dans lesquelles tous les canards devront être euthanasiés. Chez nous, 71 communes sont maintenant dans la zone d'abattage total.

Le ministère de l'agriculture a donc inscrit quinze communes béarnaises supplémentaires à la liste, parce que deux nouveaux foyers ont été détectés. Un chez nous, à Arzacq, et un autre dans les Landes, à Bassercles, juste à la limite des Pyrénées-Atlantiques.

Le vide sanitaire, c'était moins barbare, plus humain - Thierry Lacoste

Thierry Lacoste est éleveur à Coslédaà-Lube-Boast. L'une des nouvelles communes touchées. Ses 7500 canards vont être euthanasiés lundi. Il ne s'y attendait pas. "On a déjà vécu cet épisode l'année dernière, raconte-t-il la gorge serrée. Ça n'a pas été abattu. On a fait un vide sans mortalité, c'était moins barbare, plus humain. C'est pas très humain d'avoir à abattre des bêtes qui vont partir à l’équarrissage. C'est comme ça mais c'est un peu dur à admettre. On n'est pas éleveur pour mettre fin à des animaux sans les consommer. C'est quand même un épisode un peu douloureux".

On ne peut rien faire. de toute façon, on n'a pas le choix - Patrick Cabana

Ce jeudi, Thierry Lacoste est venu donner un coup de main à Patrick Cabana, un éleveur de Sévignacq. La commune est elle aussi dans la nouvelle liste établie par le ministère. Patrick Cabana n'a pas de canards en ce moment, les derniers sont partis il y a trois semaines, ils vont donc échapper à l'euthanasie. Mais il est en train de construire un bâtiment de 1 000 mètres carré, avec toutes les nouvelles normes de bio-sécurité, pour accueillir les canetons. Un investissement de plus de 210 000 euros, qui ne va pas servir avant un bon moment. "Je suis inquiet, parce que le bâtiment va bientôt être terminé, dit-il. Et je n'ai pas l'autorisation de rentrer les canetons. Ça va durer apparemment un mois et demi. De toute façon c'est comme ça, on ne peut rien faire. C'est inquiétant mais si on peut toucher un peu d'indemnités, on verra. De toute façon on n'a pas le choix".

Si demain on veut être bons, il faut que pour chaque lot envoyé en gavage, on sache s'il est à risque ou pas - Xavier Ganz, vétérinaire

Chaque jour, Xavier Ganz visite des exploitations. Il est vétérinaire à Arzacq spécialisé dans les palmipèdes. Et il trouve les délais d'euthanasie trop longs. Il explique : "le dernier contrôle qu'on a fait, sur la zone gersoise, on a fait un diagnostic le lundi matin, il a été confirmé l'après-midi, les animaux ont été détruits le mardi matin. Là on a une très forte réactivité. Et on pense que si on avait pu réagir comme ça sur la zone du Tarn, où le virus a commencé cette année, probablement qu'on ne serait pas là en train d'en parler aujourd'hui. Si demain on veut être bons, il faut que pour chaque lot envoyé en gavage, on sache s'il est à risque ou pas. C'est la seule solution pour savoir si les animaux qu'on va transporter ne présentent pas de risque pour les gens chez qui ils seront livrés".

Si on ne commence pas à chercher un vaccin aujourd'hui, on ne l'aura toujours pas dans 10 ans - Xavier Ganz, vétérinaire

Et si la solution c'était le vaccin? "Ce qu'on cherche dans un vaccin, ce n'est pas tellement qu'il protège de la maladie, détaille Xavier Ganz. C'est qu'il empêche la diffusion du virus. Et aujourd'hui on n'a pas de vaccin qui sache faire ça. Par contre on plaide pour que le travail soit fait. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas la solution aujourd'hui qu'on ne l'aura pas dans 5 ou 10 ans. Et si on ne commence pas à chercher aujourd'hui, on n'aura pas de réponse dans dix ans. Donc on souhaiterait que les pouvoirs publics entendent ce message et commencent à investir là-dessus, accompagnent les entreprises françaises et européennes capables de travailler là dessus. Il n'y a pas de solution aujourd'hui, mais ce n'est pas pour autant qu'il n'y en aura pas une et on sera peut-être très contents de l'avoir.

►►►La liste des nouvelles communes concernées par l'abattage massif

  • Arricau-Bordes
  • Auga
  • Bouillon
  • Carrère
  • Cosledaa-Lube-Boast
  • Fichous-Riumayou
  • Geus-d'Arzacq
  • Larreule
  • Lonçon
  • Miossens-Lanusse
  • Momas
  • Sévignacq
  • Thèze
  • Uzan
  • Viven