Agriculture – Pêche

La récolte de jasmin a commencé à Grasse

Par Lisa Melia, France Bleu Azur et France Bleu jeudi 18 août 2016 à 6:20

Les champs de jasmin au Domaine de Manon
Les champs de jasmin au Domaine de Manon © Radio France - Lisa Melia

La récolte du jasmin a commencé depuis le début du mois d’août dans le pays grassois. Au Domaine de Manon, on produit du jasmin grandiflorum. L’intégralité des fleurs serviront exclusivement à la maison Dior.

Depuis trois semaines, au Domaine de Manon, le même rituel se répète, tous les matins : les saisonniers arrivent dès 6h et aux premiers rayons de soleil, ils attaquent la cueillette du jasmin jusqu’à 11h. Ensuite, les petites fleurs blanches sont transportées jusqu’à l’usine, pour y être immédiatement transformées. Le résultat, l’essence de jasmin finale, s’appelle un "absolu", c’est la base du parfum.

"Le geste n’est pas très compliqué, mais il faut faire attention à ne pas prendre les petits boutons roses, ce sont les fleurs qui ne sont pas encore sorties", précise Alexandra, qui travaille au domaine d’août à octobre.

Pendant cinq heures, les saisonniers déposent les pétales blancs dans des paniers en osier. Dans la matinée, ils en récupéreront entre 10 et 20 kilos quand 700 kilos de fleurs permettent de produire un kilo d’absolu.

Récolte de jasmin au Domaine de Manon - Radio France
Récolte de jasmin au Domaine de Manon © Radio France - Lisa Melia

Un domaine familial

"C’est une histoire de famille », explique Carole Biancalana, à la tête du Domaine de Manon. Ses grands-parents sont propriétaires de l’exploitation. Comme de nombreuses familles grassoises, ils cultivent des plantes à parfum depuis les années 1930. "Les fleurs à parfums sont différentes des fleurs ornementales, pour lesquelles le visuel compte le plus. Chez nous, on prête surtout attention à l’olfactif."

Grasse est depuis longtemps, la capitale des parfums : 10% du chiffre d’affaire mondial de la filière y est réalisé. Au début du XXe siècle, la ville jouit même d’un quasi-monopole.

Fragornard, Molinard, Galimard… Les grandes maisons y sont présentes depuis la Belle Époque et contribuent à l’image d’élégance et de classe que la France donne dans le reste du monde. Une tradition que les cultivateurs de fleurs à parfum perpétuent. La totalité du jasmin du Domaine de Manon est ainsi réservée exclusivement à la maison Dior.

Récolte de jasmin au Domaine de Manon - Radio France
Récolte de jasmin au Domaine de Manon © Radio France - Lisa Melia

Un argument touristique

Le parfum est devenu pour la ville un argument touristique : il attire 2 millions de visiteurs chaque année. Musée du parfum, visite d’usine, découverte des fragrances… En période de récolte, d’août à octobre, le Domaine de Manon ouvre par exemple ses portes aux touristes, tous les mardis matin. Molinard propose des ateliers de création pour repartir avec une odeur sur-mesure. Galimard propose un "orgue à flaveurs" pour apprendre à distinguer les senteurs.

Les savoir-faire grassois apparaissent même sur la liste du patrimoine immatériel en France. Logiquement, Grasse accueille le centre de formation des professionnels de la parfumerie.

Pour Carole Biancalana, Grasse est tout simplement une terre bénie des dieux du parfum :

"Nous avons la chance d’avoir un terroir exceptionnel, coincé entre la montagne et la mer, avec ses influences salines. Ce corridor, avec son climat particulier, va conférer aux fleurs quelque chose d’exceptionnel et d’inimitable. Tout comme le terroir influe sur le gout du vin, il donne une empreinte à l’odeur."

Reportage au Domaine de Manon, pour la cueillette du jasmin

Récolte de jasmin au Domaine de Manon - Radio France
Récolte de jasmin au Domaine de Manon © Radio France - Lisa Melia