Agriculture – Pêche

Pourquoi les producteurs laitiers partent-ils à l'assaut du géant Lactalis ?

Par Germain Treille et Typhaine Morin, France Bleu Armorique, France Bleu Normandie (Calvados - Orne), France Bleu Breizh Izel, France Bleu Cotentin, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure), France Bleu Loire Océan, France Bleu Maine, France Bleu Mayenne et France Bleu lundi 22 août 2016 à 6:00 Mis à jour le lundi 22 août 2016 à 15:47

Manifestation d'agriculteurs (image d'illustration)
Manifestation d'agriculteurs (image d'illustration) © Radio France

Les agriculteurs entament ce lundi une démonstration de force face au géant mondial du lait, Lactalis. Les éleveurs promettent de faire le siège de l'entreprise mayennaise toute la semaine. A l'appel du syndicat FNSEA, ils réclament l'ouverture de négociations sur le prix du lait, jugé trop bas.

Les producteurs de lait mayennais sont attendus dès 20h30 devant le siège de l'industriel Lactalis. Ceux des départements voisins prendront le relais dans la soirée, mardi matin puis toute la semaine, 24h sur 24. Les éleveurs demandent un "juste prix" du lait et accusent le numéro 1 mondial des produits laitiers d'être le "plus mauvais payeur" et lui demandent de "revenir à la table des négociations".

Le groupe mayennais est aujourd'hui accusé par les éleveurs et les syndicats agricoles de payer leur lait trop bas, et de refuser toute discussion. L'industriel n'a par exemple pas accepté de signer la charte laitière des valeurs portée par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), branche de la FNSEA. Au mois d'août, le prix d'achat pratiqué par Lactalis est de 256 euros la tonne. Il était de 363 euros en juillet 2014. Pour la FDSEA de la Manche, le "juste prix" devrait à court terme se situer autour de 300 euros les 1.000 litres de lait.

LIRE ►► CARTE INTERACTIVE - Les agriculteurs du Grand Ouest en ordre de bataille contre Lactalis à Laval

des vaches laitières dans un champ - Radio France
des vaches laitières dans un champ © Radio France

Emmenés par la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), les agriculteurs ne souhaitent pas bloquer l'activité de Lactalis, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 17 milliards d'euros en 2014, mais communiquer. "L'axe de notre action, c'est un axe de communication", a indiqué Pascal Clément, le président de la section laitière de la FRSEA du grand Ouest. Le groupe met de son côté en avant une "crise de la surproduction" et dénonce le "discours irresponsable du syndicalisme agricole".

Pascal Clément le concède : "les conditions économiques sont compliquées, liées à la surproduction européenne et la fin des quotas" laitiers. Mais pour leader de la FRSEA, le numéro 1 mondial des produits laitiers (Lactel, Bridel, Président, Lanquetot, Roquefort Société...) doit tirer le marché vers le haut.

17 milliards d'euros de chiffre d'affaires

Les éleveurs reprochent aussi à Lactalis de ne pas publier ses comptes. Mais cela devrait changer avec la loi Sapin 2, qui devrait être adoptée d'ici la fin septembre. Ce texte obligera les industriels de l'agroalimentaire à rendre publics leurs résultats, ils devront aussi indiquer le prix du lait payé au producteur pendant 5 ans.

Fondée en 1933 à Laval par André Besnier, l'entreprise a toujours été dirigée par ses descendants, et compte aujourd'hui 229 sites industriels dans 43 pays. Aujourd'hui, la direction reste sourde aux revendications des éleveurs. Elle laisse cependant la porte ouverte, mais à une seule condition : que le puissant syndicat agricole renonce à toute épreuve de force.

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