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Agriculture – Pêche

Terre de Cévennes : les éleveurs lozériens disent NON au loup

vendredi 31 août 2018 à 16:04 Par Saïd Makhloufi, France Bleu Gard Lozère

Chaque semaine la rédaction de France bleu Gard Lozère revient sur un sujet d'actualité illustrée sous forme de reportage en immersion. Cette semaine, Terre de Cévennes s’intéresse à la vie des éleveurs en Lozère face à la problématique du loup.

 De nombreuses  attaques de loup sur le Mont Lozère pendant les estives. Une cinquantaines de bêtes portées disparus au total en juillet et aout.
De nombreuses attaques de loup sur le Mont Lozère pendant les estives. Une cinquantaines de bêtes portées disparus au total en juillet et aout. © Maxppp - Eric Ottino

Mont Lozère, Le Pont-de-Montvert, France

Tout l’été, les éleveurs lozériens ont dû faire face à de nombreuses attaques de loup sur le Mont Lozère pendant les estives. Une cinquantaine de bêtes portées disparues au total en juillet et août. Pour protéger leurs bêtes, les éleveurs ont ainsi décidé de descendre les troupeaux du Mont Lozère (2.500 brebis), presque trois semaines avant la date prévue.

Un retour à la ferme qui passe mal du côté des éleveurs

Saïd Makhloufi a passé toute cette semaine à leur côté. Entre colère et résignation, les éleveurs lozériens continuent de faire face au loup. Le soleil se lève à peine, du haut de son exploitation qui domine le village de Prévenchères, Arnaud Maurin est déjà au boulot. Les yeux rivés sur ses brebis, Arnaud est aux petits soins pour ses bêtes, durement éprouvées cet été après plusieurs attaques de loup. En ce moment, Arnaud passe son temps à soigner ces brebis.

"Je les surveille, je soigne celles qui sont blessées et qui ont été mordues par le loup".

L’une de ces brebis n’a d’ailleurs pas passé la nuit. Après avoir été attaqué par le loup au ventre elle est morte avant de donner naissance à ses deux agneaux. "Quand je la vois comme ça, j’ai envie de pleurer. Ça me rend fou de savoir que c’est le loup qui a fait ça. Je vais vous dire, le loup, c’est pire que le diable."

Une brebis d’Arnaud victime du loup sur le Mont Lozère  - Radio France
Une brebis d’Arnaud victime du loup sur le Mont Lozère © Radio France - SAID MAKHLOUFI

L’été n’a pas été de tout repos pour éleveurs lozériens. Partis sur le Mont Lozère comme chaque année pour les estives, ils ont dû quitter la montagne lozérienne avec trois semaines d’avance. La faute au loup et à ces attaques à répétition. 

Entre le mois de juillet et le mois d’août, une cinquantaine de bêtes ont disparu, victimes du prédateur sur le Mont Lozère. "Il y a des jours où j’ai vraiment envie d’arrêter, mais je ne peux pas. Mon père a été éleveur, mon grand-père a été éleveur et aujourd’hui, c’est à mon tour et je dois faire face, mais ce n’est pas facile avoue Arnaud."

Louis éleveur à la retraite depuis 3 ans  - Radio France
Louis éleveur à la retraite depuis 3 ans © Radio France - SAID MAKHLOUFI

Au fond de l’exploitation, Louis son oncle a pris sa retraite il y a trois ans. Il a transmis son amour des bêtes et de l’élevage à ses deux enfants et aujourd’hui, ce sont eux qui gèrent l’exploitation familiale. Louis sait que c’est loin d’être un cadeau, il se souvient d’une époque pas si lointaine où se rendre sur le Mont Lozère pour les estives était un rendez-vous attendu et pas redouté.

"De mon temps, c’était des vacances, on montait là haut avec les brebis, on n’avait pas de crainte, avant on n’avait pas le cancer, maintenant on a ce cancer qui porte le nom de loup. Un cancer ça vous ronge et ça finit par vous tuer et j’ai peur que ce loup finisse par tuer l’agriculture. Ils sont partout, dans notre secteur, on en a repéré deux , un loup du côté de Luc, un loup sur le Mont Lozère, sur la Margeride, sur le causse Méjean, c'est simple, ils sont partout."

Une augmentation de la population des loups

L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a constaté une augmentation régulière du nombre de meutes en France, où la population du prédateur atteindrait désormais près de 430 individus. Un chiffre qui fait bien rire Louis, "Qui peut dire combien il y a de loup franchement, qui peux le dire dans nos pays dans nos vallées dans nos contrées, qui peut réellement dire combien ils sont." 

Mais le plus inquiétant pour Louis, c’est que le loup se rapproche de plus en plus des villes et villages. La crainte ne se résume plus aux estives. "Un jour, on a vu le loup aux portes du village, depuis un climat de peur s’est installé. Ma femme, quand elle va se promener, elle prend un sifflet avec elle au cas où, et je connais une dame qui a totalement arrêté ses promenades quotidienne dans les bois, par peur de tomber nez à nez avec le loup. Ici, les gens ont peur."

Remy est le fils de Louis, il a pris la suite de son père il y a 3 ans - Radio France
Remy est le fils de Louis, il a pris la suite de son père il y a 3 ans © Radio France - SAID MAKHLOUFI
La bergerie de l’exploitation familiale  - Radio France
La bergerie de l’exploitation familiale © Radio France - SAID MAKHLOUFI

"C'est le loup ou c'est nous !"

Le fils de Louis arrive. Il était parti en tracteur chercher du foin pour la bergerie. Depuis que les bêtes ont quitté le Mont Lozère, il faut de nouveau les installer à l’abri, la paille va servir à leur confectionner des lits douillets pour la nuit et c’est Remy, le fils de Louis, qui s’en occupe. Depuis trois ans, c’est lui qui gère l’exploitation familiale pour la plus grande fierté de son père. Mais malgré sa motivation Remy accuse le coup après ces deux mois d’été.

"On essaye de rester mobilisé, mais c’est dur, plus les années passent, plus il y a de loup et plus j’ai de doute. Si dans 10 ans il y a des meutes loups est ce que je dois continuer, je me pose la question. J’ai l’envie, je suis né là dedans et puis j’aime tellement mon pays que je ne me verrai pas faire autre chose. Il y a aussi des avantages à être agriculteur : c’est avant tout une passion pour moi, je travaille 7/7 mais je suis heureux, même si ma compagne aimerait que j’en fasse un peu moins. J’ai envie de faire ça toute ma vie, mais il va falloir faire un choix, c’est le loup ou c’est nous."

Les éleveurs lozériens disent NON au loup  - Radio France
Les éleveurs lozériens disent NON au loup © Radio France - SAID MAKHLOUFI

Terre de Cévennes : les éleveurs lozériens disent NON au loup