Agriculture – Pêche

Le nouveau préfet du Calvados au chevet des éleveurs

Par Pierre Coquelin, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) jeudi 14 janvier 2016 à 17:29

Le préfet a visité l'exploitation d'Anne et Jean-François Bar, à Clécy
Le préfet a visité l'exploitation d'Anne et Jean-François Bar, à Clécy © Radio France - Pierre Coquelin

Le nouveau préfet du Calvados Laurent Fiscus a consacré sa première visite au monde agricole. Jeudi matin, il est allé à la rencontre d'un couple d'éleveurs laitiers de Clécy, en Suisse normande. L'après-midi, il a reçu les syndicats agricoles en préfecture.

Il est un peu plus de 8 heures. Il fait encore nuit à la ferme d'Anne et Jean-François Bar à Clécy (Calvados), près de Thury-Harcourt. Une berline entre alors dans la cour. C'est le préfet, Laurent Fiscus. C'est sa première visite sur le terrain agricole depuis son entrée en fonction il y a 15 jours. 

La visite débute auprès des petits veaux. Dans l'exploitation, on en compte une soixantaine : la moitié âgée d'un an, l'autre de deux ans. "Vous travaillez depuis quelle heure là ? C'est le milieu de la matinée pour vous là ?", demande le préfet. "Habituellement, 6 heures et demie", répond Jean-François.

La visite du préfet du Calvados dans une exploitation de Clécy

Il y a 15 ans, le couple s'est associé aux parents de Jean-François. Sa mère s'est retirée en 2009, son père deux ans plus tard. Aujourd'hui, ils sont tous les deux à la tête de 125 hectares, avec l'aide d'Yves , salarié à temps partiel.

"On se serre la vis"

Depuis leurs débuts, la situation économique se dégrade. Leur litrage a augmenté (570 000 litres de lait produits au début, 650 000 aujourd'hui). "On a un peu plus intensifié notre système, en utilisant plus de concentrés", explique Jean-François Bar. Le soja notamment. Mais le prix du soja a explosé, passant de 150 à 400 euros la tonne aujourd'hui. "Et pendant ce temps, le prix du lait est resté le même : de 2,20 francs, on est passés à 30 centimes d'euros !", ajoute Anne Bar. 

Jean-François Bar : "Une plus-value de 100 euros les 1000 litres en bio"

Le couple se sert la ceinture, fait attention à chaque dépense. "En tant qu'entreprise familiale, on se serre la vis. On vit de pas grand chose. notre fille Mathilde a 15 ans. Elle vient d'avoir son portable. Toutes ses copines en ont un depuis longtemps. Là on est en train d'arriver dans une période qui va être dure", note Jean-François Bar. 

Conversion au bio

Pour faire face à la situation, les Bar ont décidé de se tourner vers le bio. Les terres sont en conversion depuis septembre. "Jusqu'ici on sortait 630 000 litres de lait par an. En bio, on va descendre à 450 000 litres, puisqu'on ne souhaite pas augmenter notre effectif d'animaux (80 vaches laitières "Prime Holstein"). Il est hors de question d'augmenter pour refaire des investissements et avoir la tête sous l'eau", ajoute l'éleveur. 

"J'ai rencontré des éleveurs qui prennent leur avenir en main. Il faut les aider et répondre vite, parce que je crois qu'il y a un problème de délai par rapport aux projets" - Laurent Fiscus, préfet du Calvados

Le bio a plusieurs intérêts pour le couple : autonomie financière, alimentaire, moins de charges (engrais, produits phytosanitaires) et réponse à une demande la société. "Parallèlement à ça, il y a aussi un meilleur prix de vente , avec une plus-value de 100 euros les 1000 litres", explique Jean-François.

Les services de l'Etat "à l'écoute" 

Salle de traite automatisée, stabulation, bureau... Une visite d'un peu plus d'une heure et demie au total. "J'ai rencontré des éleveurs qui prennent leur avenir en main. Il faut les aider et répondre vite, parce que je crois qu'il y a un problème de délai par rapport aux projets", explique le préfet du Calvados. 

Laurent Fiscus : "Un secteur dynamique, mais qui a des difficultés"

L'après-midi, Laurent Fiscus a rencontré les organisations syndicales à la préfecture de Caen. 

Après les annonces du gouvernement cet été, 449 dossiers de demandes d'aides ont été déposés auprès de la préfecture du Calvados. 

Le préfet Laurent Fiscus a visité la stabulation  - Radio France
Le préfet Laurent Fiscus a visité la stabulation © Radio France - Pierre Coquelin