Agriculture – Pêche

"Le Pouligny n'est pas menacé par l'accord de libre-échange avec le Canada"

Par Jonathan Landais, France Bleu Berry lundi 31 octobre 2016 à 11:37

FROMAGES DE CHÈVRE ILLUSTRATION
FROMAGES DE CHÈVRE ILLUSTRATION © Maxppp - Maxppp

L'accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada n'inquiète pas outre-mesure les producteurs de fromages de chèvre berrichons de l'AOP Pouligny. Au contraire, selon eux, le texte va offrir de nouvelles protections.

"Le gouvernement français s'apprête à sacrifier 32 fromages sur les 53 produits laitiers protégés au niveau européen par une appellation d'origine". Début septembre, la tribune publiée dans le journal Libération par José Bové, député Vert européen et ancien porte-parole de la Confédération Paysanne, mettait le feu aux poudres.

C'est un tout autre son de cloche que fait entendre Jean-Luc Roy. Le représentant du Syndicat de l'AOP Pouligny (fromages de chèvres) était l'invité de la matinale de France Bleu Berry.

Ce n'est pas parfait mais c'est un bon début

"Cet accord n'est pas parfait, certes, il faut le suivre de très près, mais il est quand même bénéfique : jusque-là, les producteurs de fromage français n'avaient aucune protection vis-à-vis du Canada, désormais le texte instaure des protections", explique Jean-Luc Roy.

Des interprétations différentes du texte

Alors comment expliquer les propos alarmistes de José Bové ? "Le texte peut être sujet à différentes interprétations (..), il y a la liste positive où certaines IG (indications géographiques) sont protégées parce qu'elles travaillent déjà avec le Canada, c'est normal qu'elles soient prioritaires".

"Et puis il y a toutes les autres (les petites appellations comme le Pouligny-Saint-Pierre et le Valençay NDLR) dont les volumes minimes ne justifient encore pas l'IG (...) mais cette liste est révisable, c'est écrit noir sur blanc dans le texte, donc l'accord peut encore évoluer dans le bon sens" indique Jean-Luc Roy.

Comme l'ont démontré "Les Décodeurs" du journal Le Monde, les propos de José Bové peuvent être trompeurs.

CHÈVRE ILLUSTRATION - Maxppp
CHÈVRE ILLUSTRATION © Maxppp - Maxppp

Faire venir de nouveaux éleveurs

"Dans les cinq à dix prochaines années, on a 7 ou 8 éleveurs sur 35 qui vont cesser leur activité, c'est énorme si on fait le pourcentage, c'est surtout ce point qui nous inquiète" avance le représentant du Syndicat AOP Pouligny. Un chiffre toutefois à relativiser : malgré le nombre de départs, le potentiel de lait produit sur la zone depuis 15 ans est maintenu.

"Les jeunes éleveurs qui s'installent aujourd'hui possèdent tout de suite 200 chèvres (...) il y a 30 ans, un agriculteur s'installait en chèvres pour fabriquer 90.000 litres, aujourd'hui, un jeune qui s'installe doit être à 150.000 ou 170.000 litres de production s'il veut que son exploitation soit viable".

Problème de fourrage pour l'hiver ?

Autre sujet de préoccupation immédiat pour les éleveurs : le manque de fourrage. Après les inondations du Printemps dernier, le volume et surtout la qualité du fourrage ne sont pas au rendez-vous.

"On va être obligés de demander des dérogations à notre cahier des charges pour prendre du fourrage à l'extérieur de la zone protégée (...) c'est en discussions avec l'INAO (Institut national des appellations d'origine). Nous, à Pouligny, on n'est pas trop contraints, mais nos collègues des autres appellations de la région Centre ont déjà fait la démarche auprès de l'INAO et les dérogations ont été acceptées".

Partager sur :