Agriculture – Pêche

Les agriculteurs bio en région Centre veulent plus d'argent pour soutenir les conversions

Par Anne Oger, France Bleu Orléans jeudi 15 décembre 2016 à 16:36

Une centaine de manifestants interpellent la région sur l'argent qui manque
Une centaine de manifestants interpellent la région sur l'argent qui manque © Radio France - Anne Oger

Une centaine d'agriculteurs de la région Centre Val de Loire, tous spécialisés dans le bio, manifestaient ce jeudi matin devant le conseil régional. L'enveloppe de l'Europe et de l'Etat pour aider à la conversion des terres en bio est déjà totalement dépensée, pas de quoi tenir jusqu'en 2020

France Bleu Orléans vous en parlait dès le mois de mars dernier : l'enveloppe de 26 millions d'euros consacrée aux aides à l'agriculture bio en région Centre Val de Loire ne suffira pas à accompagner tous les projets. Pour fixer le montant de cette enveloppe, censée financer toutes les conversions au bio jusqu'en 2020, le ministère de l'Agriculture s'était basé sur une ambition de 17 000 hectares convertis en bio dans les 4 prochaines années. Estimation trop basse, avaient prévenu les agriculteurs bio de la région : avec la crise agricole et le changements des modes de consommation, eux pensaient que les projets de conversion seraient beaucoup plus nombreux. Et ils avaient raison, explique Julien Jansen, président du Groupement des agriculteurs bio en région Centre :

Le nombre de conversions à l'agriculture bio a été sous-estimé

Aujourd'hui ce qu'ils avaient prévu est en train d'arriver : cette enveloppe de 26 millions d'euros est déjà presqu'entièrement dépensée, résultat ceux qui se lancent aujourd'hui auront moins d'aide que leurs prédécesseurs. Certains risquent même de renoncer. Ces aides de l'Europe et de l'Etat servent en fait à financer le manque à gagner qu'implique une conversion au bio lors des deux prochaines années : la production baisse, et l'agriculteur doit continuer de vendre au prix du conventionnel, c'est-à-dire moins cher que le bio, il a donc moins d'entrées d'argent. Sans cette aide financière pour les accompagner, beaucoup souffrent en ce moment. "Pour moi il n'est pas question de renoncer à la conversion que j'ai entamée l'an dernier", dit cet agriculteur du Cher, qui produit des céréales. "Mais c'est sûr qu'on souffre en terme de trésorerie, et les banques sont moins compréhensives".

Si certains projets de conversion sont abandonnés, cela aura des conséquences en terme d'emploi. Une exploitation en bio crée trois emplois en moyenne, beaucoup plus que l'agriculture conventionnelle

"Et si certains renoncent" explique Olivier Challoche, le président du Groupement d'agriculteurs Bio de l'Orléanais, le Gabor, "il peut y avoir des conséquences pour l'emploi. Quand on s'installe en bio, comme on utilise des techniques plus traditionnelles, on a besoin de plus de main d'oeuvre. Une exploitation qui se convertit au bio crée 3 emplois en moyenne. Moins de projet faute d'argent, ça veut dire moins de créations d'emploi également". "Nous ce qu'on se dit c'est qu'il y a surtout un décalage entre le discours du ministre de l'Agriculture, et la réalité. Ils parlent beaucoup de bio au gouvernement, et ils ne vont pas jusqu'au bout de leurs ambitions".

Une possible réouverture des négociations en 2017

L'Etat espère pouvoir rediscuter de cette enveloppe avec la commission européenne en 2017, au moment des discussions d'étape sur le deuxième volet de la PAC. Mais les agriculteurs bio de la région Centre Val de Loire n'ont aucune garantie que les aides seront revues à la hausse.