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Orléans: les agriculteurs vont organiser un barrage sur la Tangentielle

Par Stéphane Barbereau, France Bleu Orléans vendredi 29 janvier 2016 à 10:06

Un barrage d'agriculteurs, mercredi, en Bretagne
Un barrage d'agriculteurs, mercredi, en Bretagne © Maxppp - Marc Ollivier

Les Jeunes Agriculteurs du Loiret vont sortir les tracteurs, mardi 2 février, sur la Tangentielle. Nouveau cri de désespoir d'une profession qui subit une énième crise. Le président de la FDSEA du Loiret, Cédric Benoist, était l'invité de France Bleu Orléans ce vendredi matin.

Le Loiret emboîte le pas des agriculteurs bretons. Mardi, le syndicat des Jeunes Agriculteurs organisera un barrage sur la Tangentielle, à hauteur de Chécy, de 9h à 14h. Un horaire qui n'a pas été choisi au hasard puisque la manifestation débutera juste après l'heure de pointe. Mais à partir de 9 heures, les voitures ne pourront plus circuler dans les deux sens de la route départementale 2060 à hauteur de l'échangeur de Fay-aux-Loges/Jargeau. Avec un objectif clair pour Cédric Benoist, nouveau président de la FDSEA du Loiret, principal syndicat agricole dans le département :

Le but n'est pas de bloquer les gens mais de les sensibiliser. On veut pas prendre les gens en otage

Le ras le bol est général dans le monde agricole : producteurs laitiers, éleveurs de porcs, céréaliers, tout le monde est touché :

On se retrouve avec une crise transversale, c'est quand même assez rare. Plus aucune exploitation ne dégage de revenus depuis 2, 3 ans

La viticulture, seule filière agricole à l'abri de la crise

Seul le secteur viticole est épargné, mais ailleurs c'est la morosité, la difficulté à boucler des fins de mois à écouter ce représentant syndical qui plaide pour des mesures structurelles plus que conjoncturelles comme le fait actuellement le gouvernement qui vient de débloquer une aide d'urgence de 290 millions d'euros :

Il y a une capacité de la France à "surtransposer" les règles européennes. On se retrouve en défaut de concurrence avec nos voisins polonais, allemands

Cédric Benoist, président de la FDSEA du Loiret - Radio France
Cédric Benoist, président de la FDSEA du Loiret © Radio France - Stéphane Barbereau

La difficile situation des producteurs laitiers

L'un des secteurs qui souffrent le plus actuellement, c'est la filière laitière. On compte 200 producteurs de lait dans le Loiret, surtout à l'Est du département. Le prix de vente est inférieur au coût de production actuellement. Pourtant, à écouter Cédric Benoist, une hausse même faible du prix de vente permettrait aux agriculteurs de rentrer dans leur frais :

Il suffirait d'une hausse de 4 centimes de la brique de lait. Est-ce que dans une société dite civilisée, la personne qui nourrit tout un peuple peut ne pas dégager de revenus de son exploitation ?

Le président de la FDSEA du Loiret met en cause la politique de l'Union Européenne qui met fin progressivement aux quotas dans les différentes filières, des marchés libéralisés dénoncés :

Tous les systèmes de régulation ont été supprimés. La Commission Européenne dit clairement aujourd'hui : le marché rien que le marché !

Le syndicat dénonce l'embargo russe, ce qui prive des exploitants agricoles allemands et polonais de débouchés. Leurs produits se retrouvent alors en masse sur le marché français, ce qui tire les prix vers le bas. Cédric Benoist s'en prend alors au gouvernement :

On a des décisions politiques dont les conséquences ne sont pas assumées par les politiques

Le président de la FDSEA du Loiret dans les studios de France Bleu Orléans - Radio France
Le président de la FDSEA du Loiret dans les studios de France Bleu Orléans © Radio France - Stéphane Barbereau

La fin de l'image du riche céréalier de Beauce ?

A écouter cet agriculteur, céréalier en pleine Beauce, à Jouy en Pithiverais, même les agriculteurs beaucerons sont en difficultés aujourd'hui avec des prix de vente des céréales trop bas pour la deuxième année de suite :

Il y a un certain ostracisme vis à vis du monde céréalier. On peut être céréalier dans une zone pauvre. C'est une image d'Epinal !

Quelles solutions à cette crise ? le président de la FDSEA ne veut pas remettre en cause l'agriculture intensive, pointe plutôt du doigt un système économique où le producteur se retrouve en bout de chaîne, sous la pression des transformateurs et distributeurs. Lui ne croit pas aux circuits courts qui ne peuvent que rester marginaux parce qu'entre les paroles du consommateur (oui, je vais acheter le produit local plus cher mais meilleur) et ses actes (je vais chercher le produit le moins, venant d'une agriculture de masse), il y a un pas qui n'est pas assez franchi.

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