Agriculture – Pêche

Les cours d'eau de Lorraine envahis par de nouveaux poissons: les gobies

Par Cécile Soulé, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu Sud Lorraine mardi 9 août 2016 à 17:54

Thomas Ruff, agent de développement à la fédération de pêche de Moselle, pendant les animations estivales au bord de la Seille
Thomas Ruff, agent de développement à la fédération de pêche de Moselle, pendant les animations estivales au bord de la Seille © Radio France - Cécile Soulé

Le gobie, un petit poisson arrivé de la Mer Noire par péniche sur la Moselle, envahit les cours d'eau de Lorraine. A tel point que les pêcheurs n'attrapent presque plus que ça. Les espèces locales fuient cet envahisseur et la fédération de pêche de Moselle s'inquiète pour l'écosystème.

Les envahisseurs sont là, en Lorraine...Ce sont de petits poissons, les Gobies, amenés de la Mer Noire par les péniches sur la Moselle il y a 4 ans. Ils sont en train de coloniser le fleuve à vitesse grand V, mais aussi ses affluents comme la Seille, et la Meurthe. Ils ont aussi envahi la Meuse. Et leur présence massive fait fuir les espèces locales, ce qui bouleverse l'écosystème. Pour l'instant, le Gobie n'a qu'un seul prédateur naturel: la perche. Aujourd'hui, c'est simple: les pêcheurs n'attrapent plus que des Gobies ou presque.

Au bord de la Seille, à Metz-Magny, une dizaine d'enfants pêchent sagement dans le cadre des animations estivales de Metz. Mais les pauvres apprentis pêcheurs n'attrapent que des gobies ou presque, comme Gilhem: "J'en ai eu quatre aujourd'hui, je n'ai pêché que des gobies". Ce petit poisson brun tacheté de noir (10 à 20 cm de long) représente aujourd'hui 80% des prises assure leur animateur Alexandre Dennetière, agent de développement à la Fédération de pêche de Moselle: "Quasiment tous les enfants n'attrapent que du gobie. Ils ont tous au moins attrapé un gobie, et ce n'est pas le cas des autres espèces. L'année dernière, ça ne se passait pas comme ça. C'est vraiment cette année que l'explosion démographique est là".

Des millions de gobies dans la rivière Moselle, des concours de pêche annulés

Comme le gobie se reproduit très vite - au moins trois fois par an, contre moins d'une fois par an pour les espèces autochtones -  il colonise massivement les cours d'eau de Lorraine et fait fuir les espèces locales (gardon, goujon, ablette) . Le président la fédération de pêche de Moselle, Gilles Krähenbühl, s'inquiète de cette véritable invasion: "Ce sont des millions de gobies qui sont dans la rivière Moselle actuellement. Sur Thionville, la moitié des concours de pêche n'ont plus lieu, parce que ça ferait un concours de pêche aux gobies. Dans les rares concours qui ont encore lieu, les pêcheurs prennent chacun en une journée l'équivalent de 300 gobies, et ils ne prennent que ça!"

Le président de la fédération de pêche de Moselle, Gilles Krähenbühl, s'inquiète de cette invasion de gobies

Seul espoir des pêcheurs: faire reconnaitre par le ministère de l'environnement le gobie comme espèce nuisible, pour interdire de s'en servir d'appât et éviter sa prolifération. Pour l'instant, la Lorraine est l'une des régions françaises les plus touchées par cet envahisseur. Il n'est même pas encore répertorié comme espèce vivante en France. La fédération de pêche de Moselle recommande aux pêcheurs de ne jamais utiliser les gobies pour appât et de ne jamais les introduire dans les milieux aquatiques.

Un gobie - Maxppp
Un gobie © Maxppp - Marius Becker

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