Agriculture – Pêche

Les éleveurs du Limousin voient rouge suite à la polémique sur l'abattoir de Limoges

Par Jérôme Ostermann, France Bleu Limousin vendredi 4 novembre 2016 à 18:46

Les éleveurs de race limousine vivent très mal la polémique sur l'abattoir de Limoges
Les éleveurs de race limousine vivent très mal la polémique sur l'abattoir de Limoges © Radio France - Françoise Ravanne

Les éleveurs du Limousin voient rouge suite à la polémique sur l'abattoir de Limoges. Cette vidéo où l'on voit l'abattage de vaches en pleine gestation avec des fœtus de veau, dont certains pratiquement à terme, terminent à la poubelle. Ils en ont assez d'être montrés du doigt.

Les éleveurs du Limousin en ont assez. La polémique sur l'abattoir de Limoges est à leurs yeux, une nouvelle attaque contre leur profession. Accusés d'envoyer des vaches pleines à l'abattoir, ils soulignent tout d'abord qu'il s'agit d'un non sens économique. Surtout pour les races à viande, notamment du Limousin, mais aussi pour les laitières selon Bernard Venteau, éleveur en Haute-Vienne :"On dit que le veau laitier n'a pas de valeur. L’insémination coûte 45 euros. Le veau, ils peuvent le vendre entre 60 et 100 euros. Il vaut mieux qu'ils vendent le veau plutôt que tout faire partir à l'abattoir et perdre encore 100 euros."

Et si des vaches pleines arrivent bien en abattoir, ce n'est pas voulu selon Bernard Roux. Selon le président du Heard Book Limousin et éleveur en Corrèze, il n'est pas facile lors des six voir sept premiers mois, de savoir si une vache est pleine. Il en a récemment fait l’expérience avec l'une de ses bêtes :"On l'a fait fouiller par un vétérinaire pour savoir si elle était pleine ou pas. Le vétérinaire nous a dit qu'elle était vide. Donc on l'a mise à l’engraissement. Avec le marasme qu'il y a dans le marché de la viande aujourd'hui, on l'a gardé un peu plus longtemps que prévu. Finalement, avant qu'elle parte à l'abattoir, on s'est rendu compte qu'elle était prête à vêler. En plus, elle avait des jumeaux ! Elle serait partie un mois et demi avant, elle partait à l'abattoir avec des jumeaux dans le ventre. Hors nous, en toute bonne foi, on aurait pensé qu'elle était vide."

"Ils veulent nous voir disparaître"

Pour son confrère, Bernard Venteau, cette affaire est surtout une nouvelle attaque de ceux qui veulent les voir disparaître :"On en a marre de recevoir des leçons de moral par des vegans qui n'ont qu'un seul objectif, nous voir disparaître. Et quand on voit le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, qui veut ménager la chèvre et le chou... Soit il est pro vegan, soit il est pro éleveurs. Il ne peut pas être entre les deux. Parce qu’il y en a qui veulent la mort des autres. Nous, on ne veut pas la mort des vegans, ils mangent ce qu'ils veulent. Mais eux, ils veulent notre mort. Malgré ce qui est véhiculé, il ne se passe pas n'importe quoi dans les abattoirs. Les agents vétérinaires ne sont pas des grands rigolos. Là, pour quinze vaches qui étaient gravides, dont certaines bien avant terme, on va oublier les 1 500 qui ont été abattues sans aucun problème. Mais ce n'est en aucun cas une réalité que dans les abattoirs, il y a régulièrement des animaux de plus de sept mois qui se font tuer. Et quand cela arrive, c'est une erreur mais pas une volonté de l’éleveur".

Bernard Roux se dit quand même favorable à une réglementation plus stricte visant à interdire l'abattage des vaches en fin de gestation. Mais aussi à une modernisation du piège où ont lieu les étourdissements à l'abattoir de Limoges. Car finalement, c'est cette partie de la vidéo qui l'a le plus choqué. Celle où l'on voit le matador s'y prendre à plusieurs reprises suite au réveil d'une vache. A ses yeux, "c'est inadmissible". Mais si les éleveurs du Limousin se défendent, il faut savoir que l'abattoir municipal de Limoges, traite surtout des vaches à lait, de réforme, qui arrivent d'Espagne. Des bêtes en "fin de cycle" dont la viande premier prix sera vendue aux grandes surfaces et aux fast food, partout en France, au prix le moins cher. Des vaches dont les éleveurs n'ont peut-être pas les mêmes principes, que leurs homologues limousins.