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Les viticulteurs de Poitou-Charentes inquiets des conséquences de la crise sur les ventes de vin

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L'organisation internationale du vin (OIV) prévoit une chute des ventes de 35% en volume (50% en valeur) en Europe. En Poitou-Charentes, les professionnels s'attendent à vivre des mois difficiles.

Des vignes (photo d'illustration). Des vignes (photo d'illustration).
Des vignes (photo d'illustration). © Radio France - Elena Louazon

Avec le confinement et l’économie au point mort, la filière française du vin sera durement touchée par les conséquences de la pandémie de Covid-19. Le secteur est l'un des rares, dans le monde agricole, à ne pas être considéré comme un produit de première nécessité.

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Il était déjà fragilisé par les taxes "Trump" aux Etats-Unis et la fermeture du marché chinois. Il se retrouve désormais menacé, y compris sur son marché intérieur, en Europe. Les ventes sont d'ailleurs en très forte baisse.

25% du chiffre annuel perdu

Les AOC du Nord de la région, Saumur-Champigny et Haut-Poitou, sont en première ligne. La fermeture des bars et des restaurants condamne une partie de la production qui ne peut plus être écoulée par ces établissements.

Frédéric Brochet est vigneron à Jaunay-Marigny près de Poitiers dans la Vienne. "On est partis pour au moins trois mois à l'arrêt. C'est un quart des ventes annuelles aux oubliettes.

Quant à la vente à la propriété, elle est, elle aussi, totalement stoppée. "Logiquement, on ne voit plus personne. Mon chiffre d'affaires sur ce type de vente depuis un mois est égal... à zéro" avoue le fondateur d'Ampelidae.

Vers une destruction des stocks ou du raisin ?

Aux pertes sèches s’ajoute un autre problème de taille : comment rentrer la prochaine récolte dans les chais alors qu'ils sont pleins ? La filière réfléchit à plusieurs options, y compris détruire une partie de la production, notamment pour les vins simples.

"On parle aujourd'hui de solutions comme la distillation de crise. On envoie des vins dans des chaudières pour le détruire, afin d'assurer la disponibilité au niveau des cuves pour rentrer la nouvelle récolte".

Un crève-cœur pour les vignerons

Les coopératives viticoles françaises, italiennes et espagnoles, qui revendiquent au total la moitié de la production européenne, ont demandé à l'Europe "l'ouverture sans délai d'une distillation de crise de 10 millions d'hectolitres dotée d'un budget exceptionnel européen de 350 millions d'euros".

Le syndicat des IGP (Indication géographique protégée) a même été plus loin en mettant une autre proposition sur la table : "Il a été évoqué une mesure qui consiste à détruire les raisins dans certaines parcelles. Plutôt que de détruire du vin en stock, il s'agit d'éviter que le nouveau arrive sur le marché. Vous imaginez le crève-cœur alors qu'on est en train de choyer nos vignes !" conclut Frédéric Brochet.

30% de baisse sur les ventes de Pineau des Charentes

La Charente sera aussi touchée mais devrait s’en sortir un peu mieux avec un impact qui se fera en décalé. "Notre production se vend plusieurs années après sa fabrication, qu'il s'agisse du Cognac ou du Pineau. L'année 2020 devrait donc se dérouler correctement avec un impact sur les marchés pour la viticulture charentaise d'ici deux ans" explique Jean-Bernard de Larquier, ancien président du bureau national interprofessionnel du Cognac et vice-président du syndicat des producteurs de Pineau.

Par ailleurs, la fermeture des bars et restaurants pèsera lourd pour les vins et spiritueux charentais. "On entre dans la période des beaux jours, c'est là qu'on consomme le plus nos produits dans ces établissements. Leur fermeture prolongée aura un impact significatif" prédit Jean-Bernard de Larquier. Qui précise : "Lors du premier mois de confinement, on a déjà subi une baisse des ventes de 30% sur le Pineau".

La main-d'oeuvre étrangère sera-t-elle là pour les vendanges ?

Dernière question épineuse : les travailleurs étrangers qui interviennent dans le vignoble seront-ils là pour les vendanges ? Ils étaient présents jusqu'à peu dans les vignes pour les travaux en vert (ébourgeonnage, épamprage, effeuillage) mais sont en train de rentrer à présent chez eux. "Seront-ils autorisés à revenir pour la récolte ? On n'en sait rien".

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