Agriculture – Pêche

Mauvaises récoltes : 180 millions d'euros de perte dans l'Indre, d'après la FDSEA

Par Justine Dincher, France Bleu Berry lundi 1 août 2016 à 17:37

Au moins 30% de rendement en mois pour ces moissons.
Au moins 30% de rendement en mois pour ces moissons. © Maxppp - RadioFrance

Les moissons se terminent et les récoltes sont mauvaises, et même très mauvaises d'après la FDSEA. Le syndicat agricole a fait les comptes : dans l'Indre, les agriculteurs ont perdu 180 millions d'euros cette année.

C'est un triste record ! Les agriculteurs du département de l'Indre ont perdu 180 millions d'euros cette année lors des récoltes, d'après la FDSEA36. Les moissons ont été catastrophiques : les rendements en baisse d'au moins 30%. Pour chaque hectare de culture, les exploitants ont perdu entre 400 et 600 euros. C'est du jamais vu pour Hervé COUPEAU, le président du syndicat agricole dans le département : "ma grand-mère, qui a 86 ans, n'a jamais vu ce genre de crise" !

Une triple sanction

Humidité, manque de lumière en mai et inondations en juin : les intempéries du printemps ont considérablement réduit les rendements de blé (-30%), d'orge (-30%), et de colza (-20%). Dans le même temps, les cours ont considérablement chuté par rapport à l'année dernière. "Cela a été une triple sanction : pas de qualité, pas de rendements, pas de prix", explique Hervé COUPEAU, "et donc pour les exploitants qui avaient des charges relativement élevées, là ça fait très très mal".

Le double des estimations de la Chambre d'agriculture

Si la FDSEA parle de 180 millions d'euros de perte, la Chambre d'agriculture évoquait il y a deux semaines, avant la fin des moissons, 100 millions d'euros de déficit (300 euros de perte par hectare). Dans tous les cas, les agriculteurs de l'Indre auraient travaillé pour rien cette année : "sur une exploitation moyenne du département, la personne va devoir débourser entre 50.000 et 80.000 euros pour continuer à travailler. Non seulement il est payé moins qu'un ouvrier chinois, et en plus, il doit payer pour pouvoir bosser !"

Des aides de l'Etat "insuffisantes"

Il y a quelques jours, le préfet de l'Indre a annoncé que l'Etat débloquait une enveloppe de 275.000 euros pour aider les agriculteurs, victimes des inondations. Cela ne sera pas suffisant d'après la FDSEA qui réclame le doublement des primes de la PAC, et un allégement de la fiscalité pour les exploitants.

Ludovic BREUILLAULT, un jeune agriculteur installé à Bommiers en polyculture, estime avoir perdu entre 80.000 et 100.000 euros lors de cette campagne : "275.000 euros débloqués par l'Etat ? A moi tout seul, j'en bouffe un tiers pour boucler ! C'est même pas un pansement, c'est un petit coup de spray pour essayer d'atténuer l'hémorragie". Pour l'agriculteur, il va falloir des années pour se remettre d'une catastrophe comme celle-là. A bout de souffle, de nombreux collègues se demanderaient si ils doivent re-semer pour la prochaine campagne : "on ne voit pas le bout du tunnel, comment repartir ?".

"Aujourd'hui : plus on travaille, plus on perd d'argent".

50 appels par semaine à la cellule de crise

Le cas de cet agriculteur de Bommiers n'est pas isolé. La Chambre d'agriculture de l'Indre a mis en place une cellule d'urgence avec un numéro de téléphone, il y a 10 jours. Une dizaine de techniciens reçoit les appels des agriculteurs en détresse pour les aider dans leurs démarches. La semaine dernière, sur cinq jours, 50 personnes ont appelé : des exploitants acculés ou des épouses inquiètes pour leur mari dépressif.

Le Président de la FDSEA36, Hervé COUPEAU, craint pour ces hommes et ces femmes : "il y a des agriculteurs qui ont mis fin à leurs jours, tout ça dans le silence. Il y a des gens qui sont mal en point. Ils pensent beaucoup, cela joue sur leur état psychologique, cela a un impact sur les familles. Aujourd'hui, on est lâchés".

Le numéro de la cellule d'urgence de la Chambre d'agriculture de l'Indre est le 02 54 61 61 75.