Agriculture – Pêche

Moissons : les récoltes au plus bas depuis 30 ans en France, sur fond de surproduction mondiale

Par Julie Guesdon, France Bleu vendredi 5 août 2016 à 15:31

La récolte française est estimée comme la plus mauvaise des 30 dernières années par l'Agreste
La récolte française est estimée comme la plus mauvaise des 30 dernières années par l'Agreste © Maxppp -

Selon les dernières estimations officielles publiées ce vendredi par l'Agreste, la récolte de blé 2016 s'annonce comme la plus mauvaise des 30 dernières années pour les agriculteurs français. Une situation catastrophique alors que les cours sont au plus bas pour cause de surproduction mondiale.

De nouvelles estimations confirment ce vendredi l'effondrement de la récolte de blé en France. Cette récolte, la plus mauvaise depuis 30 ans, est d'autant plus catastrophique pour les agriculteurs du pays que les prix mondiaux sont au plus bas en raison d'une moisson record attendue dans les autres pays producteurs.

La production nationale de blé tendre devrait atteindre 29,1 millions de tonnes, en chute de 29% par rapport à 2015, selon une estimation d'Agreste, le service statistique du ministère de l'Agriculture diffusée vendredi. Le rendement des champs de blé français est attendu en baisse de 30% pour la récolte 2016, au plus bas depuis 1986, année de forte sécheresse, car "les cultures ont souffert d'un excès d'eau et du manque de luminosité" en raison des intempéries du printemps, souligne Agreste.

Le nord et l'est de la France, régions les plus touchées

C'est dans le bassin parisien et les régions du nord et de l'est de la France que la chute des rendements est la plus forte : - 40% en Île-de-France, - 38% dans les Hauts-de-France et - 31% dans le Centre-Val de Loire par rapport à la moyenne 2011-2015, selon les calculs du ministère.

Cette baisse drastique de la récolte française arrive au moment où les autres grands pays à blé que sont les Etats-Unis, le Canada, l'Ukraine ou la Russie connaissent eux une production record, ce qui fait s'effondrer les cours mondiaux et accroît les difficultés des agriculteurs français.

Résultat : en plus de fournir une récolte en faible quantité et de mauvaise qualité, les agriculteurs français vont aggraver leur déficit à cause des prix particulièrement bas pratiqués cette année.

Des rendements trois fois moins élevés que d'habitude

Le syndicat Orama, qui constitue la branche "grandes cultures" de la FNSEA, avait déjà tiré la sonnette d'alarme la semaine dernière sur cette situation. "Il y a des catastrophes que l'on n'imagine pas", avec dans certaines fermes des rendements "trois fois moins élevés que d'habitude", ainsi que "la moitié ou les trois-quarts du chiffre d'affaires en moins", avait souligné Philippe Pinta, président d'Orama.

"On parle pour la Bourgogne de 10 à 15% des exploitations qui ont des difficultés majeures" car dans cette région, "la moitié des exploitants vont avoir une quatrième année en négatif". "Il va falloir des mesures extraordinaires, avec probablement pour une partie d'entre eux une cessation (d'activité)", explique Dominique Chambrette, vice-président de l'Association des producteurs de blé (AGPB).

Le cabinet Agritel estimait pour sa part dans une note publiée cette semaine "qu'une exploitation céréalière de 120 hectares sera au minimum en déficit de 60.000 euros" cette année. "De nombreuses restructurations sont hélas à venir au sein des exploitations céréalières, comme c'est déjà le cas dans l'élevage", selon son directeur général Michel Portier.

Le gouvernement étudie des mesures pour compenser le manque de trésorerie à venir

Les "rendements faibles" conjugués aux "prix bas", cela "donne un résultat net pour les producteurs de céréales qui est très mauvais", a confirmé mercredi le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll.

Le ministre a rappelé qu'il avait présenté la semaine passée "des mesures et un plan qui portera sur des allègements de charge, sur des garanties bancaires, sur des prêts de trésorerie".

Ce plan n'est toutefois pas encore chiffré, et le ministre a annoncé qu'il allait "faire une évaluation" dans les prochaines semaines et que le montant en serait dévoilé début septembre.

  - Aucun(e)

Partager sur :