Agriculture – Pêche

Monbazillac : une méthode alternative contre les pesticides se développe

Par Morgane Schertzinger, France Bleu Périgord mardi 22 mars 2016 à 18:24

Les viticulteurs veulent développer une méthode alternative.
Les viticulteurs veulent développer une méthode alternative. © Radio France - Morgane Schertzinger - France Bleu Périgord

Depuis le début de la semaine, 56 viticulteurs du Bergeracois luttent contre les papillons "ravageurs" du vignoble. Non pas avec des pesticides, mais grâce à la confusion sexuelle. Une méthode pour limiter leur reproduction et ainsi la destruction des grappes de raisin.

C'est une initiative qui émane de la cave coopérative de Monbazillac. Une vingtaine de leurs viticulteurs, accompagnés par des vignerons indépendants, s'engagent à réduire l'usage des pesticides. 960 hectares, soit 40 % des vignobles de l'appellation Monbazillac sont concernés.

Guillaume Barou, viticulteur, est parti d'un constat : des papillons "ravageurs" pondent leurs œufs sur les grappes de raisin. A la naissance, les chenilles croquent les grains, les grappes pourrissent et à terme, la quantité de raisin diminue. "En 2006, à cause de la météo et des chenilles, on avait perdu près de 50 % de la quantité produite", explique Ludovic, responsable technique à la cave coopérative.

Diffuser des phéromones femelles

Pas question d'avoir recours plus intensivement aux pesticides pour lutter contre ces "ravageurs". Les viticulteurs sèment plutôt le trouble dans l'esprit des papillons en diffusant dans les parcelles de vigne des phéromones femmes, pour "les confuser." "Les mâles ne retrouveront plus les femelles, donc ils ne se reproduiront plus et il y aura moins de chenilles, voire plus de chenilles sur le raisin", raconte Guillaume Barou.

Les diffuseurs de phéromones s'accrochent près des pieds de vigne. - Radio France
Les diffuseurs de phéromones s'accrochent près des pieds de vigne. © Radio France - Morgane Schertzinger - France Bleu Périgord

80 % ne sont plus traitées par des pesticides

Si la méthode de la confusion sexuelle existe depuis 20 ans environ et qu'elle est plus développée en Allemagne et en Italie notamment, les premiers tests dans le Bergeracois ne remontent qu'à il y a trois ans. "On est sur la bonne voie, avoue Ludovic, on arrive à ne plus traiter 80% de surface avec des pesticides sur les deux dernières années grâce à cette méthode."

Nicolas Pruvost en pleine pose des diffuseurs.  - Radio France
Nicolas Pruvost en pleine pose des diffuseurs. © Radio France - Morgane Schertzinger - France Bleu Périgord

Les viticulteurs de Monbazillac, Colombier, Pomport, Rouffignac de Sigoulès et de Saint Laurent des Vignes,sont cette année 56 à jouer le jeu.Nicolas Pruvost est vigneron indépendant et il s'est joint pour la première fois à l'initiative de la cave coopérative de Monbazillac : "On a tout intérêt à travailler ensemble et à s'aider dans la pose de ces bâtonnets, confie-t-il. On fait quand même tous le même métier."

Une méthode alternative coûteuse

Les viticulteurs ont fait les comptes. La méthode de la confusion sexuelle leur coûte entre 1,5 et 2 fois plus cher que la lutte contre les papillons par insecticides. Un coût supporté par les viticulteurs eux-mêmes. Mais grâce à elle, les vignerons passent de trois à quatre traitements par pesticides par an sur leurs vignes, à un voire zéro traitement.

REPORTAGE | Dans le vignoble de Monbazillac