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Néonicotinoïdes : les députés donnent leur feu vert à la réintroduction temporaire de l'insecticide

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

L'Assemblée nationale valide le retour controversé des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave. Les députés ont définitivement adopté le projet de loi ce mardi lors d'un vote solennel par 313 voix pour et 158 contre. Un vote marqué par un record de contestataires dans le groupe LREM.

Julien Denormandie ministre de l'Agriculture porte ce projet de loi controversé sur la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes
Julien Denormandie ministre de l'Agriculture porte ce projet de loi controversé sur la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes © AFP - Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas

Entre protection de l'environnement et "souveraineté" agroalimentaire, les députés ont tranché. Ce mardi, lors d'un vote solennel (313 voix pour et 158 contre), l'Assemblée nationale a voté la disposition clé qui permet de réintroduire temporairement les néonicotinoïdes afin de venir en aide aux producteurs de betteraves. Un vote marqué par un record de contestataires LREM : 32 députés LREM ont voté contre et 36 se sont abstenus. Seuls 175 des 271 membres du groupe macroniste ont voté en faveur du texte.

C'est un texte difficile, important, qui ne veut pas opposer économie et écologie. - Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture.

Cet insecticide, interdit en 2018 en raison de sa toxicité pour les abeilles, fait son retour pour lutter contre la prolifération d'un puceron vert, vecteur de la "jaunisse" qui affaiblit les plantes dans de nombreuses régions. 

"C'est un texte difficile, important, qui ne veut pas opposer économie et écologie" a déclaré Julien Denormandie le ministre de l'Agriculture. "La question est celle de notre souveraineté". Pour justifier ce rétropédalage, le gouvernement s'est appuyé sur la réglementation européenne sur les phytosanitaires, permettant de déroger à l'interdiction, potentiellement jusqu'en 2023.

"Nous sommes tous contre" ces insecticides tueurs d'abeille a poursuivi le ministre. Mais la baisse des rendements pour cause de "jaunisse" menace la pérennité de la filière des betteraves sucrières. Le secteur emploie 46.000 personnes en France, dont une bonne partie dans des usines de transformation. Or, pour le gouvernement, "tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges", n'est pas une option.

"On est bien embêté avec votre texte", a déclaré Thierry Benoit (UDI). "La France n'a pas la maturité d'organiser la transition écologique (...) J'aimerais que Mme Pompili qui nous a vendu l'idée (de l'interdiction des néonicotinoïdes) il y a quatre ans soit au banc de l'Assemblée aujourd'hui", a-t-il déploré.

"Il ne faut pas être dans le dogme et faire en sorte que la France reste un grand pays agriculteur", a souligné Christian Jacob, chef de file des députés LR qui soutiennent le texte du gouvernement.

Front de gauche contre la mesure 

Avec cette mesure, le gouvernement a réussi à unir la gauche. Le patron du groupe LFI Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une motion de rejet préalable du projet de loi, jugeant qu'"une faute va se commettre" et promettant une action devant la Cour de justice de la République.

"Nous allons décider quelque chose de dangereux pour nos semblables, pour nos enfants, nos petits-enfants" et demain d'autres dérogations seront demandées, a-t-il pronostiqué, en estimant en outre que "la betterave française est malade du libre-échange" davantage que des pucerons.

Député PS de Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier a réclamé un plan B pour la filière betterave "pour une transition économique, sociale et écologique". Emmené par l'ex-ministre de l'Environnement, Delphine Batho, le groupe Ecologie Démocratie et Solidarité (EDS) a fustigé la "régression" et le "renoncement" de la position gouvernementale.

En défendant pied à pied les amendements hostiles au projet, les opposants au texte ont étiré l'examen du texte et les députés ont voté après une heure du matin, l'article 1er amendé à la marge, qui ouvre la voie aux dérogations. Les débats se sont achevés vers 02h15. Cet article clé prévoit en outre la création d'un conseil de surveillance et l'interdiction, sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, d'implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer.

Ces deux mesures ont été introduites en commission par le groupe LREM soucieux de "verdir" un texte qui tombe au plus mauvais moment pour la majorité désireuse d'engager un virage écologique symbolisé par la convention citoyenne pour le climat. Le projet, critiqué par les pro-environnement qui ont multiplié happenings près du Palais Bourbon et tribunes, ne fera pas d'ailleurs le plein des votes de "marcheurs".

Certains d'entre eux comme Jean-Charles Colas-Roy, Yves Daniel ou Sandrine Le Feur ont annoncé publiquement leur opposition au texte.
Les députés ont précisé que les dérogations permises visent explicitement les betteraves sucrières en votant le second article du projet de loi. Le gouvernement l'avait promis mais ne voulait pas l'inscrire dans le texte par crainte d'une censure du Conseil constitutionnel.

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