Agriculture – Pêche

Paroles d'agriculteurs au Sommet de l'élevage : "On est en train de mourir à petit feu"

Par Isabelle Gaudin, France Bleu Creuse, France Bleu Limousin, France Bleu Pays d'Auvergne et France Bleu jeudi 6 octobre 2016 à 17:32

Le puydômois Rémi Blanchard (en haut à droite) et le limousin Alain Pimpin (en bas à droite) témoignent de la crise actuelle
Le puydômois Rémi Blanchard (en haut à droite) et le limousin Alain Pimpin (en bas à droite) témoignent de la crise actuelle © Radio France - Isabelle Gaudin

Certains éleveurs auvergnats et limousins sont présents au Sommet de l'élevage depuis le début de la manifestation. Mais entre la première édition et la 25e qui se tient jusqu'à vendredi à Clermont-Ferrand, les conditions de travail se sont détériorées. Ils craignent pour les jeunes qui reprennent.

Ils s'appellent Rémi ou Alain, l'un est Auvergnat, l'autre Limousin. Tous les deux ont la soixantaine et pratiquent l'élevage depuis plusieurs générations. Et tous les deux emploient les mêmes mots : ils parlent d'une "crise sans précédent" et sont très inquiets pour leurs enfants qui travaillent avec eux. Alors, même si le Sommet de l'élevage à Clermont-Ferrand est toujours un moment qu'ils attendent chaque année pour échanger avec "les collègues", "se confronter aux autres", ils ont du mal à être sereins.

Ça fait six mois qu'on ne s'est pas pris de salaire sur l'exploitation" - Olivier, un jeune éleveur puy-dômois

Rémy Blanchard élève des Charolaises à Saint-Gervais-d'Auvergne. Il a un troupeau de 200 têtes. Le visage souriant, il est content qu'un de ses taureau "Lauréat" ait gagné le 3e prix de sa catégorie au Concours national charolais du Sommet de l'élevage. Mais son sourire s'efface et son air devient plus grave quand il évoque l'avenir. "Nous vivons une crise sans précédent, c'est inquiétant pour l'avenir des jeunes. On voudrait des perspectives de marchés, plus que ce qu'on a aujourd'hui. Par la génétique, heureusement, on valorise les reproducteurs ce qui apporte un plus, mais ce n'est pas suffisant".

Son fils, Olivier, est associé avec son père dans le Gaec Blanchard. On sent la passion que lui a transmise son père dans l'attention qu'il porte à ses bêtes. Mais lui aussi parle de son métier avec des mots durs : "Moi aussi l 'avenir m'inquiète, être jeune agriculteur, c'est beaucoup de sacrifices. On n'arrive plus à se sortir de revenus, ça fait six mois qu'on ne s'est pas pris de salaires sur l'exploitation. Pourtant, on travaille du matin au soir !"

J'ai trois filles installées avec moi, je me dis tous les jours, est-ce qu'on n'a pas fait une bêtise ?" - Alain Pimpin, éleveur limousin

En Limousin, le moral n'est pas meilleur. Pourtant, c'est celui que l'on présente comme l'un des champions de la race limousine que l'on a rencontré. Alain Pimpin, du Gaec Pimpin Frères à Beynac, près de Limoges, est souvent en haut de l'affiche parce qu'il rafle les prix les plus prestigieux. Mais aujourd'hui, il porte un regard presque triste sur sa profession : "Il y a 25 ans on vivait de notre métier, là on est en train de mourir à petit feu". Et cet éleveur de vaches limousines va très loin dans son diagnostic : "J'ai trois filles installées avec moi, je me dis tous les jours, est-ce qu'on n'a pas fait une bêtise ? Etre éleveur aujourd'hui, c'est se priver de tous les plaisirs !", termine-t-il, amer.

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