Agriculture – Pêche

Pénurie de beurre : la flambée des cours mondiaux ne profite pas aux éleveurs des deux Charentes

Par Julien Fleury, France Bleu La Rochelle mardi 17 octobre 2017 à 19:27

Des rayonnages de beurre dégarnis... et ça fait un mois que ça dure!
Des rayonnages de beurre dégarnis... et ça fait un mois que ça dure! © Radio France - Julien Fleury

Depuis un mois, les rayons beurre des supermarchés sont dégarnis. Une pénurie qui révèle un paradoxe: le beurre est un produit tendance, mais la production a du mal à suivre. Parmi les explications: des prix payés aux producteurs loin de refléter la flambée actuelle des cours mondiaux.

"Pénurie de matière première" indiquent les affichettes de la direction de ce supermarché de Charente-Maritime, pour expliquer des rayonnages à moitié vides. Voilà qui n'aide pas Sophie à trouver sa plaquette de beurre: "j'ai du prendre une marque que je ne prends pas d'habitude. Je trouve ça bizarre qu'on ne soit pas approvisionné."

On en parle pourtant beaucoup de cette pénurie. Dans ce magasin, cela fait un mois que le beurre est livré au compte-goutte. Le directeur ne veut pas parler au micro, mais il soupçonne une manœuvre des transformateurs pour faire monter les prix. Des prix loin de suivre la flambée des cours mondiaux qui ont doublé en un an. Et c'est sans doute effectivement là une des clés d'explication.

Rouvrir des négociations avec la grande distribution

"Le problème c'est de répercuter ces hausses notamment auprès de la grande distribution" reconnaît reconnaît Alain Lebret, président de la grande coopérative laitière régionale, Terra Lacta: "C'est des contrats annuels, et la grande distribution refuse d'intégrer cette hausse, sur le beurre mais aussi sur le fromage qui est riche également en matière grasse."

Alain Lebret se dit convaincu que le consommateur comprendrait cette augmentation: "Aujourd'hui on a des producteurs qui arrêtent parce que ça fait deux ans qu'ils produisent à perte et c'est tout à fait intenable." Malgré l'embellie des cours, les volumes de lait collectés par Terra Lacta ont baissé de 8% depuis le début de l'année.

"Le cours va redescendre comme il est monté"

Jeter l'éponge: c'est justement ce qui est arrivé à Rémi Merceron. Quand cet agriculteur a repris l'an dernier l'exploitation familiale de Saint-Jean-de-Liversay, il s'est débarrassé du troupeau laitier, pour se concentrer sur les céréales. Et ce n'est pas la flambée actuelle des prix du beurre qui lui donne des regrets: "le beurre va se calmer. Du stock va se créer. Des pays vont se mettre sur le marché parce que c'est intéressant financièrement. Et le cours va redescendre comme il est monté."