Agriculture – Pêche

Champagne : plongée dans les recherches sur les cépages de demain

Par Sophie Constanzer, France Bleu Champagne-Ardenne lundi 2 janvier 2017 à 6:00

Les sarments de vignes se développent dans une serre d'élevage.
Les sarments de vignes se développent dans une serre d'élevage. © Radio France - Sophie Constanzer

Reportage à l'Institut national de recherches agronomiques (INRA) à Colmar, là ou les recherches sur les nouvelles variétés, plus résistantes aux maladies, ont commencé il y a 15 ans. Et sont en passe d'aboutir en 2017.

A partir de quels cépages sera fait notre champagne dans 30 ou 50 ans? Avec du pinot meunier, du pinot noir et du Chardonnay, certainement. Mais peut être aussi de nouvelles variétés. En effet, l'Institut national de recherches agronomiques (INRA) de Colmar en Alsace, a lancé depuis 2000 un programme d'innovation variétale, pour trouver de nouveaux cépages plus résistants aux maladies -le mildiou et l'oïdium principalement- et adaptés à tous les vignobles français. Si le comité Champagne (CIVC) a lancé son propre programme de recherches en Champagne, depuis 2015, l'INRA de Colmar doit proposer à l'inscription de nouvelles variétés dès la fin 2017 : 4 variétés dont 2 à raisin blanc.

Dès la première phase de sélection, les "individus" reçoivent un numéro qui les suivera.  - Radio France
Dès la première phase de sélection, les "individus" reçoivent un numéro qui les suivera. © Radio France - Sophie Constanzer

Dès la première phase de sélection, un seul plant de semis sur 64 est conservé

Tout commence dans des petits cubes de laine de roche: c'est là que germent les pépins de raisins issus des premiers croisements, et c'est là qu'une feuille de chaque plant de semis sera regardé à la loupe par les ingénieurs de l'INRA. "Sur cette jeune feuille on va extraire de l'ADN, on va faire les tous premiers tests de sélection là ou se trouvent les gènes de résistance", explique Christophe Schneider est le responsable de la sélection. Un seul jeune plant sur 64 est conservé, puis direction la serre d'élevage. "Dès cette première année en fait, ces plantes ne sont pas traitées, elles ne reçoivent aucun fongicide, éventuellement un insecticide, mais aucun fongicide", souligne Christophe Schneider.

Reportage à l'INRA de Colmar.

Après bouturage-greffage, vient la phase de sélection intermédiaire. L'expérimentation se fait ainsi dans le vignoble, mais pas seulement à Colmar. Puisque des pieds de vignes sont plantés à Colmar, Angers, Bordeaux et Montpellier, pour tester leurs résistance aux maladies sous différents climats. Toutes les caractéristiques de la vigne sont regardées et pendant les 3 ans d'évaluation, la qualité du vin produit.

Dans certaines parcelles, les équipes de l'INRA ont déjà 6 ans de recul.  - Radio France
Dans certaines parcelles, les équipes de l'INRA ont déjà 6 ans de recul. © Radio France - Sophie Constanzer

Passer de 12 traitements fongicides en moyenne par an dans le vignoble français... à 2

L'enjeu est bien sûr économique mais surtout environnemental. "Ce qu'il faut savoir c'est que la viticulture est soumise à de nombreux pathogènes et parmi ces pathogènes on en a 2, le mildiou et l'oïdium, qui consomment des quantités considérables de fongicides et la viticulture se situe au deuxième rang de la consommation de fongicides en France après les céréales", explique Didier Merdinoglu, directeur de recherches à l'INRA de Colmar.

Après plus de 15 ans de recherches et d'expérimentation, le résultat est là selon Didier Merdinoglu, puisque les variétés résistantes crées par l'INRA sont cultivées sans traitements fongicides : "Là on est vraiment en mesure de dire qu'à la place des 12 traitements que l'on réalise en moyenne en France pour contrôler ces deux maladies, on devrait pouvoir avec ces nouvelles variétés en avoir 2 ou 3". Soit une réduction des intrants de 80 % !

"On peut qualifier ça de révolution...": Didier Merdinoglu, directeur de recherche à l'INRA Colmar.