Agriculture – Pêche

Rester bio ou traiter chimiquement pour ne pas être ruinés: des viticulteurs bourguignons ont dû choisir

Par Jacky Page, France Bleu Bourgogne mardi 20 septembre 2016 à 17:03

Une grappe détruite par le mildiou
Une grappe détruite par le mildiou © Radio France - Jacky Page

C'est un crève-cœur pour certains des 300 viticulteurs bio bourguignons : ils ont du se résoudre à traiter chimiquement des parcelles, quitte à perdre leur certification agriculture biologique.

L'enjeu pour beaucoup de viticulteurs était tout simplement de ne pas perdre toute leur récolte. Après le gel qui a provoqué des dégâts jamais vus depuis 30 ans, le printemps trop pluvieux a favorisé les attaques de mildiou, ce champignon tant redouté par la profession.

Thibault Liger-Belair, viticulteur bio depuis 15 ans à Nuits-Saint-Georges, se souvient des parcelles gorgées d’eau dans lesquelles il n’était plus possible d’entrer avec un tracteur enjambeur pour pulvériser le traitement biologique au cuivre, rapidement lessivé par la pluie. C’est à pied, armé de pulvérisateurs à dos, que son personnel a dû traiter les vignes, en s’enfonçant profondément dans la boue. Un travail éreintant à renouveler souvent   Mais pas question pour leur patron de renoncer à ses convictions et de recourir à des produits phytosanitaires proscrits. Alors, le viticulteur a procédé à des arbitrages.

Il a délaissé certaines parcelles pour ne s’occuper que de celles à forte valeur ajoutée. Malgré tous ses efforts, il pense ne vendanger que le tiers d’une récolte habituelle. Dans les parcelles livrées au mildiou, il ne se donnera pas la peine de récolter Les grappes mûres sont trop rares. La vigne a refait des fleurs, puis des grappes toutes petites et vertes, qui ne parviendront pas à maturité. Le vigneron se baisse, cueille une brindille toute sèche : tout ce qu’il reste d’une grappe attaquée par le mildiou. Philosophe, il soupire : « la nature donne, elle reprend parfois ».

"Est-ce qu'on est capable de perdre la récolte pour rester agréé biologique ?"

Autre cas de figure, à Marsannay-la-Côte, Laurent Fournier, autre viticulteur bio, parle d’un « coup de Trafalgar » pour évoquer cette année maudite. « Pendant deux mois, il est tombé pratiquement 80% des précipitations annuelles ». Dans la boue, tous les cinq jours, il fallait retourner appliquer les traitements préventifs biologiques. En quelques jours, il a vu le mildiou envahir les feuilles, puis s’attaquer aux grappes. Alors il a décidé d’appliquer un traitement chimique. Pour ne pas tout perdre. « La question est : est-ce qu’on est capable de perdre la récolte pour rester agréé biologique ? Financièrement, pour moi, ça n’était pas possible ».

Conséquence implacable comme le rappelle Agnès Boisson, responsable viticulture de l'association régionale Bio Bourgogne : « le traitement chimique étant considéré comme un manquement majeur, la certification agriculture biologique devient caduque, sur le millésime de la parcelle concernée, et il faut attendre trois ans avant de pouvoir remettre le logo AB sur les étiquettes ».