Agriculture – Pêche

Sarthe : le lait bio comme remède à la crise agricole ?

Par Bertrand Hochet, France Bleu Maine et France Bleu lundi 29 août 2016 à 5:54

Gilles Prémartin, éleveur à Chemiré-le-Gaudin, s'est lancé dans le lait bio en mars 2016
Gilles Prémartin, éleveur à Chemiré-le-Gaudin, s'est lancé dans le lait bio en mars 2016 © Radio France - Bertrand Hochet

Pour tenter de dégager de meilleurs revenus, de plus en plus d’éleveurs bovins se lancent dans le lait bio dont les prix d’achat sont largement supérieurs au lait conventionnel. Le volume de production devrait doubler en Sarthe d’ici trois ans. Mais la conversion est longue et souvent difficile.

Seuls 2% du lait produit aujourd’hui en Sarthe est bio. A ce jour, 27 éleveurs sarthois ont franchi le pas. C’est peu. Mais leur nombre devrait nettement augmenter dans les prochaines années car au moins une quinzaine de dossiers de demandes de conversion est en cours d’examen par le groupement des agriculteurs biologiques (le GAB 72).

Le lait bio, c'est d'abord une question de nourriture, témoigne Gilles Prémartin, éleveur à Chemiré-le-Gaudin. Depuis son lancement dans le bio, au printemps dernier, ses 48 vaches Prim’Holstein ne mangent quasiment plus que de l’herbe : « elles sortent tous les jours. Elles pâturent pendant la journée et le soir, j’amène l’herbe qui se trouve dans les parcelles les plus éloignées. J’estime que j’ai fait le bon choix. Je ne suis plus dans la course à la productivité, comme ce pouvait être parfois le cas auparavant ».

La lait bio vendu 20 centimes de plus par litre

Pour assurer cet approvisionnement, l'éleveur de 38 ans a multiplié par deux la surface de ses pâturages. Une solution moins coûteuse combinée à des prix de vente du lait plus élevés. C'est bien principalement l'argument économique qui a convaincu Gilles Prémartin de franchir le pas. Aujourd'hui, un agriculteur bio vend son lait presque deux fois plus cher que le lait conventionnel (environ 470 euros les 1.000 litres contre environ 270 euros). « En tant que chef d’entreprise, je me dois de dégager des bénéfices, de sauvegarder mon patrimoine et d’assurer la continuité de l’exploitation », justifie l’éleveur qui s’inscrit dans une perspective de long terme.

Un changement profond des pratiques agricoles

Mais Gilles Prémartin continuera à écouler son lait à l'ancien prix pendant près de deux ans. Période durant laquelle il touche une prime de 30 euros pour 1.000 litres. C’est la règle pour tous les éleveurs qui passent au bio. Le temps de la conversion est long. Et les changements sont profonds, prévient Thierry Barré. Le responsable de la filière lait au sein du groupement des agriculteurs biologiques de la Sarthe explique : « il faut accepter une remise en cause et ne pas choisir uniquement l’opportunité économique. Aujourd’hui, c’est l’un des risques. On a une telle différence de prix que ce peut être très tentant de plaquer un système bio sur un système conventionnel intensif. » Thierry Barré met en garde : « il faut accepter d’avoir une baisse de production. Parfois, pour passer en bio, certaines exploitations sont obligées de réduire leur volumes jusqu’à 50%. Mais après, elles s’y retrouvent sur les prix ».

ECOUTER - Le boom du lait bio en Sarthe

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