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Agriculture – Pêche

Sud-Ouest : la filière du pruneau en déconfiture

jeudi 26 avril 2018 à 4:02 Par Bénédicte Dupont, France Bleu Occitanie

Concurrence chilienne, marché français atone, interprofession aux abois et image vieillissante : le pruneau d'Agen, totem gastronomique du Sud-Ouest, est en danger. Principal problème à solutionner au plus vite : ces milliers de tonnes de pruneaux que les transformateurs ne savent plus où stocker.

Plus de 70% de la récolte des prunes IGP viennent du Lot-et-Garonne.
Plus de 70% de la récolte des prunes IGP viennent du Lot-et-Garonne. © Maxppp - Jean-Michel Mazet

Lot-et-Garonne, France

La filière du pruneau d'Agen compte environ 1.100 pruniculteurs, avec l'appellation IGP (indication géographique protégée). Environ 70% des producteurs sont installés dans le Lot-et-Garonne, 15% en Dordogne et en Gironde, et 15% en Occitanie dans le Gers, le Tarn-et-Garonne et le Lot. À l'échelle mondiale, les quatre principaux pays producteurs, les Etats-Unis (Californie), le Chili, la France et l’Argentine, fournissent 95 % de la consommation mondiale

Plus cher que pruneau chilien, oui et après ?

Après trois années 2013-2015 à faible volume et la perte de marchés mondiaux, les deux dernières récoltes ont été prolifiques mais les débouchés insuffisants. Sur les dix dernières années, une moyenne de 43 000 tonnes de pruneaux est commercialisée dont 70 % en France et 30 % à l’exportation. La concurrence chilienne, californienne et argentine fait très mal aux pruniculteurs français. Résultat, des dizaines de milliers de tonnes de pruneaux sont stockés et les producteurs sont inquiets.

Les pruneaux étrangers sont 50 à 80 centimes moins cher au kilo que les pruneaux français. Ni la grande distribution ni le reste de nos débouchés ne font un effort de promotion du pruneau français, ils ne regardent que les prix. L'IGP ne nous rapporte rien à part stabiliser le marché français. La filière doit développer le commercial, démarcher offensivement en Chine, en Inde. Sinon à ce rythme-là, dans dix ans, il n'y a plus de pruneaux d'Agen — Oscar Coupey, pruniculteur à la Roumieu (Gers)

Fractures internes

Comme pour d'autres produits agricoles, si les pruneaux chiliens ou argentins sont moins chers, c'est parce que leur main d'oeuvre l'est aussi, c'est également parce que le Chili par exemple ne paie pas de barrière douanière en Europe. Il n'a donc aucune peine à envahir les étals français. De même, sur les marchés indiens, russes ou chinois, le pruneau du Sud-Ouest n'est pas compétitif. Et la surproduction est mondiale, pas française : 45.000 tonnes produites en France en 2010, 32.000 aujourd'hui. Le Chili par exemple en récolte deux fois plus. 

Nous ne pourrons pas acheter les récoltes cette année, sauf catastrophe climatique. Les industriels (NDLR : les transformateurs) prennent en charge le risque financier et n'ont plus d'aides, ça devient compliqué. En plus, la qualité a baissé, certains producteurs récoltent trop tôt de peur des aléas climatiques. — Jean-Luc Jagueneau, président de la coopérative France Prunes et sa filiale commerciale Maître Prunille (250 exploitants adhérents, 150 indépendants, 700 salariés)

En France, il existe environ cinq transformateurs, des industriels qui se partagent 90% du marché. Les producteurs aimeraient qu'ils s'entendent davantage. L'interprofession subit aussi une crise interne majeure. Après la démission successive du président et du directeur ces derniers mois, le Bureau national interprofessionnel du pruneau (BIP) redémarre un nouveau cycle, en pleine crise.

Une image en France à moderniser

Depuis le début des années 2000 la consommation apparente des ménages français s’érode lentement, de l'ordre de 1 à 2% par an.  Fin 2017, l'interprofession s'est offert les services de l'animatrice Julie Andrieu pour des spots publicitaires radio. Le filon sportif a aussi été tenté avec des publicités axées sur le rugby.

Il faut qu'on arrive à comprendre pourquoi les jeunes n'achètent pas de pruneaux. Pourtant on avait essayé dans la communication de jouer la carte "apéritif". On nous dit de ne plus insister sur les bienfaits santé, mais cela représente une grosse part de marché. — Dominique Bouttéon, co-président du BIP

Selon France AgriMer, 30% des foyers français consomment des pruneaux.