Agriculture – Pêche

Suicide des agriculteurs : "on n'a pas vu venir ce malheur-là" dit une exploitante de Dordogne

Par Antoine Balandra, France Bleu Périgord mercredi 12 octobre 2016 à 18:21

Suicide en zone rurale
Suicide en zone rurale © Maxppp - Maxppp

Elle habite l'ouest du Périgord. Une agricultrice a vu son mari se suicider en 2010, après des années de difficultés financières et des problèmes de santé. D'autres exploitants périgourdins ont déjà songé à se suicider suite à la baisse des cours du lait ou de la viande

C'est son fils qui a trouvé le corps sans vie de son mari, un agriculteur de l'ouest du Périgord, en avril 2010. Depuis, évidemment, la vie a changé pour cette exploitante qui souhaite rester anonyme, et qui a repris l'exploitation de son ex compagnon.

"On a pas vu venir ce malheur-là" explique la veuve de l'agriculteur

Son mari, certes avait des problèmes de santé, était un peu déprimé. Il avait connu plusieurs années de difficultés financières, des soucis avec les banques. Mais de là à imaginer un passage à l'acte... C'est pourtant ce qu'il fait, dans son hangar, en avril 2010. Il n'a laissé qu'une lettre demandant à son fils de prendre soin des bêtes et des céréales qu'il cultivait.

"A la campagne, on va pas beaucoup exprimer sa douleur"' dit l'agricultrice qui n'avait pas vu venir ce geste

Son mari fait partie des trop nombreux agriculteurs, éleveurs, qui se suicident en France. Ils sont de plus en plus nombreux selon une enquête de l'agence de santé publique. Plus de 300 suicides en 2010 et 2011. C'est un taux supérieur de 20% au reste de la population ! En France, un agriculteur se suicide tous les deux jours.

Le SOS des agriculteurs périgourdins - Radio France
Le SOS des agriculteurs périgourdins © Radio France - Morgane Schertzinger

La MSA, la mutualité sociale agricole a même du mettre en place un numéro de téléphone de permanence, "Agri ecoutes".. Sur les 6 premiers mois de 2016, il a reçu au niveau national plus de 1700 appels. Il faut dire que 30% des agriculteurs ont désormais un revenu équivalent à 354 euros par mois. Le désespoir des agriculteurs est également lié à la chute des cours de la viande ou du lait.

"J'ai investi en 2008/2009, et puis les cours du lait se sont effondrés, je n'ai pas pu suivre, alors là on s'enferme dans une bulle, et à un moment la pression devient trop forte, je me dis je vais me supprimer"' explique un agriculteur d'Azerat

Cet éleveur est même allé dans les bois, armé de son fusil de chasse, mais il s'est finalement ravisé, et a depuis retrouvé toute sa combativité. "Mais un homme seul peut facilement plonger" estime l'éleveur.

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