Agriculture – Pêche

Une journée pour remplir une mare : opération solidarité entre agriculteurs en Ardèche

Par Emmanuel Grabey, France Bleu Drôme-Ardèche jeudi 15 septembre 2016 à 8:37

Armés de 4 citernes, la dizaine d'agriculteurs a acheminé, en l'espace d'une journée, 180.000 litres d'eau dans la retenue de Rémy Chappat
Armés de 4 citernes, la dizaine d'agriculteurs a acheminé, en l'espace d'une journée, 180.000 litres d'eau dans la retenue de Rémy Chappat © Radio France - Emmanuel Grabey

Une dizaine d'agriculteurs ont prêté main forte à un de leurs collègues ce mercredi à Savas, dans le nord de l'Ardèche. Objectif : remplir la retenue collinaire de Rémy Chappat, un agriculteur en proie au manque d'eau. Une opération solidarité face à une situation sans solution.

Le problème de la ferme de Rémy Chappat, c'est qu'elle n'est pas raccordée au réseau d'eau du Rhône. En temps ordinaire, il ne manque pas d'eau, grâce à sa petite retenue collinaire, une mare qui se charge d'eau de pluie, lui assurant un débit nécessaire pour abreuver les animaux de son élevage.

Or, avec le temps très sec de ses dernières semaines, la réserve s'est épuisée. La seule solution pour l'agriculteur, c'est d'aller chercher, plusieurs fois par jour, de l'eau dans les retenues de ses généreux voisins, qui le laissent pomper des milliers de litres pour qu'il puisse donner à boire à ses vaches et ses brebis. Mais cet arrangement très précaire lui prend énormément de temps et d'énergie : "On est deux sur l'exploitation, explique-t-il, et il y en a un qui passe ses journées et ses soirées à aller chercher de l'eau sur une exploitation voisine, qui est à 3 ou 4 kilomètres. On ramène, on ramène, on ne fait que ça, charrier de l'eau".

Pour tenter d'alléger un peu sa tâche, une dizaine de ses collègues, tous membres comme lui du syndicat Jeunes Agriculteurs, ont décidé ce mercredi de lui venir en aide : armés de 4 petites citernes, à raison de 5 allers-retours dans la journée, ils ont acheminé 180.000 litres d'eau jusque dans sa retenue. "Avec ça, j'ai de quoi tenir une bonne semaine" se réjouit Rémy Chappat.

Mais cette aide ne résout pas son problème à long terme. Si l'hiver se passe sans accroc, grâce aux pluies abondantes, l'été est souvent tendu, d'autant que cette année, les fortes chaleurs tardives ont durablement asséché sa mare : "Chaque année, je vais chercher de l'eau pendant une ou deux semaines. Cette année, c'est la troisième semaine que j'y suis contraint, et ça ne va pas s'arrêter : il faudrait au moins une semaine de pluies abondantes pour que la retenue retrouve un étiage correct".

Face à cette situation, deux solutions s'offrent à Rémy Chappat : demander le raccordement de son exploitation au réseau d'eau. Mais cela coûterait 2 millions d'euros à la commune, une somme impossible à débourser pour ce village de moins de 900 habitants. Ou bien agrandir la retenue collinaire, mais là se pose un problème administratif : elle est située sur une zone humide, un espace protégé qui nécessite des autorisations très difficiles à obtenir. "Pour pouvoir le faire, il faut proposer en échange de créer une zone humide d'une superficie deux fois supérieure à celle qui l'on aurait détruite, détaille Sylvain Bertrand, le président des Jeunes Agriculteurs de l'Ardèche. Nous sommes astreints à la même réglementation que si l'on construisait une route ou un parking".

Une situation que les exploitants agricoles présents ce mercredi trouvent aberrante. "On nous parle d'écologie quand on demande à agrandir la mare, mais qu'est ce qu'il y a d'écolo à charrier de l'eau par la route, s'étonne Sylvain Bertrand, alors qu'on propose de stocker de l'eau en hiver, quand elle est abondante, pour l'utiliser en été, quand elle devient rare".