Agriculture – Pêche

Indre-et-Loire : une exploitation laitière se diversifie pour résister à la crise

Par Adèle Bossard, France Bleu Touraine et France Bleu mardi 23 août 2016 à 8:00

La laiterie Maurice, à Neuilly-le-Brignon, fabrique aussi des fromages, des yaourts, des riz au lait ou des semoules.
La laiterie Maurice, à Neuilly-le-Brignon, fabrique aussi des fromages, des yaourts, des riz au lait ou des semoules. © Radio France - Adèle Bossard

Les producteurs laitiers de l'Ouest manifestent cette semaine devant le siège de Lactalis, à Laval en Mayenne. Ils demandent que leur lait soit payé au "juste prix". En Indre-et-Loire, certains producteurs laitiers ont trouvé des astuces pour continuer à vivre de leur production.

Avec son mari et ses deux fils,  Viviane Maurice gère une exploitation d'une centaine de vaches laitières à Neuilly-le-Brignon dans le sud de la Touraine. Leur ferme produit du lait depuis six générations mais en 2010, ils ont décidé de se diversifier, pour être moins dépendant des prix fixés par les grands groupes laitiers.

"Le prix du lait continuait de baisser et on s'est dit qu'il fallait sortir du circuit normal, peut-être avec le pressentiment que ça n'allait pas s'arranger", se remémore Viviane Maurice. On avait envie d'autonomie".

Désormais, ils produisent aussi du fromage comme de la tomme de Touraine, des yaourts, des semoules ou du riz-au-lait. Tous les produits sont sans conservateurs et avec des arômes naturels. Le laboratoire se trouve à quelques pas des vaches, il est alimenté en lait directement.

Le laboratoire de fabrication de la laiterie Maurice. - Radio France
Le laboratoire de fabrication de la laiterie Maurice. © Radio France - Adèle Bossard

Ça permet à la famille de compenser les pertes dues au prix trop bas du litre de lait. Pour fabriquer leurs produits laitiers, ils rémunèrent leur lait à un prix qu'ils estiment décent, 40 centimes le litre contre 27 centimes s'il était acheté par des groupements laitiers. "On veut quelque chose qui soit rémunérateur et qui donne de la signification à notre travail, ajoute-t-elle. Les bénéfices que l'on fait sur la fromagerie comblent les trous de la laiterie".

Vendre en direct dès que possible

Et cette diversification de l'entreprise vise aussi à la péréniser. Dans quelques années, ce sont ses fils, Antoine et Jérôme, qui reprendront l'exploitation. Ils y travaillent déjà. Et Antoine, 21 ans, est certain qu'à l'avenir, l'exploitation sera davantage viable s'il transforme les produits sur place "plutôt que d'engraisser les multinationales"'.

La stratégie est la même pour la vente. Viviane vend un peu directement à la ferme sur rendez-vous. Mais elle vend surtout directement aux collectivités, aux cantines d'écoles, de collèges ou de lycées. Sans payer d'intermédiaires. Elle fournit également le groupement de producteur La Charette, à Chambray-les-Tours.

La ferme Maurice, dans le Sud Touraine, qui privilégie le direct producteur. - Radio France
La ferme Maurice, dans le Sud Touraine, qui privilégie le direct producteur. © Radio France - Adèle Bossard

Cette diversification était indispensable pour Viviane et sa famille. Sans cela, elle aurait certainement dû arrêter l'exploitation, assure-t-elle. Même si toute la famille doit travailler "au moins le double des 35 heures pour toucher l'équivalent d'un Smic", explique-t-elle.

Les consommateurs, en tout cas, leur rendent bien. Certains l'appellent, en prenant le numéro écrit directement sur le pot pour lui dire combien ils ont aimé son yaourt.