Agriculture – Pêche

Vendanges 2016 : beaucoup d'amertume dans les vignes de l'Yonne

Par Delphine Martin, France Bleu Auxerre lundi 19 septembre 2016 à 5:00

98% des vignes du domaine de Clotilde Davenne ont été détruits par la grèle. Une catastrophe.
98% des vignes du domaine de Clotilde Davenne ont été détruits par la grèle. Une catastrophe. © Radio France - Delphine Martin

Ce lundi, c'est le coup d'envoi des vendanges, pour le Crémant de Bourgogne. Des vendanges moroses dans de nombreux domaines touchés par les intempéries du printemps. Certains viticulteurs n’iront même pas cueillir le peu de raisin qu’il leur reste. Un crève cœur..

Clotilde Davenne arpente tristement ses vignes à Préhy, près de Chablis. Pas de raisins, ou si peu. La viticultrice baisse la tête et se souvient : "Ici, en juin, après la grêle, c’était comme en hiver".

Des vignes touchées à 98%

L’épisode de grêle a détruit 98% de ses vignes. Elle sait qu’elle ne fera rien cette année.  "C’est très morose", confie-t-elle. "Surtout quand on voit les copains ont commencé à vendanger, et nous, on sait qu’on ne va rien faire... On a plein d’énergie et on sait qu’elle ne sera pas utilisée..", dit-elle avec un petit sourire courageux.

Le gel, la grêle, les coulées de boues

Elle est très touchée. Elle n’est pas la seule. Il y a d’abord eu le gel (les gelées noires comme disent les spécialistes) en avril, puis les inondations en mai, et la grêle en juin. Une année maudite un peu partout en Bourgogne et dans l’Yonne.

Clotilde Davenne ne pense pas sortir la machine à vendanger cette semaine. La récolte serait si maigre que ça n’aurait aucun sens. "C’est terrible psychologiquement, de voir qu’il n’y a pas de raisins".

Ce qui est terrible aussi, c’est la maladresse toute involontaire de certains clients, qui appellent en demandant gaiement « alors, ça se prépare les vendanges ? »

Obligée d’augmenter les prix pour survivre

La viticultrice est bien obligée de leur rappeler qu’elle ne va pas vendanger cette année, qu’elle leur avait téléphoné pour les prévenir. Et qu’elle va être obligée d’augmenter les prix pour s’en sortir. De 30% environ. Mais la survie de son domaine de 10 salariés est en jeu.

Des vins difficiles à produire, qu’il faut défendre

"On leur dit qu’il faut nous aider, sinon on va mettre la clé sous la porte". Certains l’acceptent, dit-elle. D’autres regardent la concurrence et se tournent parfois vers les vins étrangers. "Chacun fait comme il peut", souligne la viticultrice de Préhy, "mais bon, il faut qu’ils regardent aussi tout le mal qu’on se donne pour produire le vin, tous nos efforts. Le Chablis, le Saint Bris, ce sont des vins tellement difficiles à produire. Ils faut les défendre !"

Déjà touchée en 2007

Clotilde Davenne, qui avait déjà été frappée par la grêle en 2007, estime qu'il lui faudra au moins deux ans pour se remettre de cette terrible année. Mais elle reste vaillante et combative. Même sans faire les vendanges, il y a toujours du travail, dans une vigne.

On a plein d'énergie mais on sait qu'elle ne sera pas utilisée. C'est tres morose.

Des ceps de vigne sans raisins. Une année blanche pour la viticultrice. - Radio France
Des ceps de vigne sans raisins. Une année blanche pour la viticultrice. © Radio France - Delphine Martin

C'est terrible, on espère que nos clients vont nous soutenir

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