Climat – Environnement

Six mois après, la page des inondations n'est pas tournée pour tout le monde dans l'Yonne

Par Delphine Martin, France Bleu Auxerre jeudi 1 décembre 2016 à 5:30

Les inondations à Armeau, le 31 mai dernier.
Les inondations à Armeau, le 31 mai dernier. © Radio France - Renaud Candelier

Six mois après les inondations qui ont frappé le département, la plupart des sinistrés ont pu reprendre une vie normale. Certains, cependant, sont encore en plein travaux. D'autres reconnaissent toujours une petite pointe d'angoisse, surtout lorsqu'il pleut beaucoup.

A Chemilly-sur-Yonne, la vie a repris son cours normal depuis plusieurs semaines déjà, mais le printemps et l’été n’ont pas été de tout repos : "On a quand même été inondé jusqu’à fin juillet. Il a fallu deux mois pour que l’eau redescende", explique le maire, Martine Debreuve. "On a eu un coup de fatigue au mois d’août."

PHOTOS - Records de pluie et nouvelle journée sous le signe des inondations dans l'Yonne

400 000 euros de dégâts

Ce village d’un millier d’habitants a été l’une des communes du département les plus touchées par les inondations du printemps. Une véritable vague s’est abattue sur la commune, ce qui a provoqué d’importants dégâts sur les routes et les ponts : "on estime qu’il y en a pour 400 000 euros de dégâts" poursuit Martine Debreuve, qui attend encore des nouvelles de l’État pour savoir ce qui sera remboursé au titre du classement en état de catastrophe naturelle.

Plusieurs chantiers prévus

La commune a fait faire des travaux en urgence, pour réparer deux chemins qui étaient totalement ravagés et pour reboucher certains trous. D’autres chantiers relativement urgents vont aussi être lancés dans les prochaines semaines. Martine Debreuve évoque notamment un faussé qui s’est effondré et qu’il faut refaire, une digue qu’il faut consolider. "Pour le reste, ça sera en fonction des devis qui seront acceptés par l’État".

Pour les particuliers c’est allé plus vite

Une centaine de foyers ont été impactés à Chemilly. Pour la plupart, les habitants sont passés à autre chose, les assureurs sont intervenus et les travaux sont terminés. Mais le traumatisme est encore là. Maurice Thinardon, l'un des sinistrés, avait jusqu’à un mètre d’eau dans son sous-sol. L'eau est restée pendant plus d'un mois. Du 2 juin au 13 juillet.

Six mois après, il reconnait qu’il a été rapidement indemnisé par son assurance, même s’il estime que le remboursement ne couvre pas ses pertes réelles : "Sur presque 25 000 euros de dégâts, ils me versent 11 000 euros." Mais le retraité aussi une petite angoisse, surtout lorsqu’il y a de fortes pluies : "Quand ça pleut fort, ça me fait peur. On a tout ce qu’il faut, on a des pompes mais qu’est-ce que vous voulez faire si l’eau monte par en-dessous ?"

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La maison de Christophe, à Chemilly-sur-Yonne : un marécage - Radio France
La maison de Christophe, à Chemilly-sur-Yonne : un marécage © Radio France -


« Ejecté » par son assureur

Ce qui le blesse le plus, aujourd’hui, c’est l’attitude de son assureur, qui lui a notifié par écrit et sans aucune explication la fin de tous ses contrats d’assurances : "Je suis assuré chez Groupama depuis 1970, ils me foutent dehors. Au bout de 45 ans de cotisation. Ça m’a foutu un choc." Profondément blessé, Maurice a demandé des explications : "Ils m’ont proposé un nouveau contrat chez eux, mais 200 euros plus cher !" , s’étrangle le septuagénaire, qui se dit bien décidé à changer d'assureur.

6 mois après, Maurice s'est fait "débarquer" par son assureur. Le reportage de Delphine Martin

"On n'a presque plus de photos"

Pour d’autres, ce n'est toujours pas terminé. Thierry Boisseau et sa fille Carla n'ont toujours pas pu rentrer chez eux. Cela fait six mois qu'ils logent dans un appartement à Appoigny, en attendant la fin des travaux dans leur maison. Et même s'ils sont bien installés, ils trouvent le temps long : "On a un bel appartement mais on n’est pas chez nous. Il faut aller au courrier tous les jours, il y a plein de contraintes". Sa fille acquiesce : "ça n’a rien à voir. Ici par exemple, il n’y a pas de jardin".

Il faut dire que leur maison de Chemilly avait pris l’eau de toute part, le 2 juin dernier : les murs, les papiers peints, les carrelages et les portes… tout était à refaire. Ils ont aussi perdu beaucoup de meubles et d’appareils électroniques et électroménagers. Mais ce n’est pas forcément ce qui leur manque le plus aujourd’hui : "On a perdu beaucoup de souvenirs, beaucoup d’affaire sentimentales, les affaires d’écoles par exemple. On n’a presque plus de photos" résume tristement Thierry.

L'expert passe deux mois et demie après

L’assurance a fixé l’indemnisation à 41. 000 euros pour les travaux et les frais de relogement, mais Thierry estime qu'il a perdu beaucoup plus. Ce qu'il regrette surtout, c'est la lenteur des démarches : "je ne pensais pas qu’il faudrait si longtemps pour le passage de l’expert, qui n’est passé que le 18 aout. Soit plus de deux mois après. Cela a forcément retardé les travaux", se désole-t-il. Mais le pire est derrière eux. Il ne reste plus que le chantier du menuisier et ils pourront rentrer chez eux. Peut-être dans une ou deux semaines. La fille et son père se regardent en souriant. Bientôt la fin du tunnel.

6 mois après, Thierry et sa fille habitent toujours dans du provisoire. Le reportage de Delphine Martin

Dans tout le département, selon la préfecture, la facture s'élève à plus de 4,2 millions d'euros.

Une voiture engloutie par les eaux à Charny - Radio France
Une voiture engloutie par les eaux à Charny © Radio France - Élisa Brinai

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