Climat – Environnement

Anzême : ils empêchent un camion d'Areva de déverser son chargement

Par Maxime Tellier, France Bleu Creuse et France Bleu lundi 20 mars 2017 à 21:51

Le camion bâché bloqué par les habitants d'Anzême
Le camion bâché bloqué par les habitants d'Anzême © Radio France - DR

Des habitants d'Anzême ont bloqué un camion qui s'apprêtait à déverser sa cargaison au lieu-dit Le Vignaud ce lundi matin. L'Etat a autorisé Areva à stocker des "stériles miniers" dans cette ancienne mine d'uranium malgré l'opposition des habitants, des élus et des associations.

Il s'en est fallu de peu ce lundi matin pour qu'Areva commence ses opérations au Vignaud. C'est un habitant du hameau qui a aperçu le camion bleu équipé d'une bâche sur sa cargaison : "il s'est interposé et rapidement, d'autres voisins sont venus ainsi que la maire adjointe", explique Alain Favière, le maire d'Anzême, "mais ça n'est pas une surprise, j'ai reçu un courrier de la préfecture m'annonçant que les travaux allaient commencer rapidement malgré notre demande d'organiser une réunion d'information publique avec les habitants".

Car l'inquiétude et la colère des riverains est légitime, estime le maire : "les habitants sont restés sur les promesses faites par Areva l'an dernier au printemps 2016 lors de réunions publiques. Le représentant de la société avait promis que les opérations de stockage ne commenceraient pas sans l'assentiment des habitants. Et comme toute le monde était contre ce projet (habitants, élus, associations), ils étaient repartis en se disant que les travaux étaient abandonnés."

Des habitants d'Anzême et des membres d'association devant le site d'Areva du Vignaud - Radio France
Des habitants d'Anzême et des membres d'association devant le site d'Areva du Vignaud © Radio France - Maxime Tellier

Mais patatras ; en début d'année, le maire apprend par le préfet que le projet sera bien mené à terme car c'est la volonté de l'Etat. Alain Favière dépose un recours gracieux mais l'appel n'est pas suspensif et "voilà où nous en sommes". Le seul espoir des opposants réside désormais dans l'action de l'association sources et rivières du Limousin qui avait déjà déposé un recours en janvier : "avec le commencement des travaux ce lundi, nous préparons un autre recours qui sera déposé dans la semaine, suspensif celui-là", annonce Antoine Gatet, juriste à l'association.

Une association dénonce le passage en force du préfet

"On peut parler d'un passage en force du préfet de la Creuse dans ce dossier", regrette le juriste, "à l'origine, pourtant, il met en oeuvre une décision qui nous tient à cœur et que les associations ont porté". Le Ministère de l'Environnement a en effet décidé de dépolluer les sites où des résidus de l'exploitation d'uranium ont été déversés, des "stériles miniers" dans le vocabulaire d'Areva. Ce sont des remblais, des chemins ruraux, des cours de fermes ou des passages privés composés de gravats "faiblement radioactifs" d'après l"opérateur nucléaire et qui étaient à l'air libre.

"Mais ce qu'Areva appelle du stérile, c'est techniquement ce qu'on appelle du stérile de sélectivité", explique Antoine Gatet, "autrement dit, du minerai pauvre. Ce sont des cailloux qu'on a été cherché au fond des mines, emprisonné dans la roche qui contient de la radio-activité de façon beaucoup plus importante que la roche de surface et qui présente un danger sanitaire immédiat pour les populations en fonction du temps qu'on passe à côté, qui présente aussi un danger environnemental en fonction de la façon dont on le stocke et de la façon dont les eaux passent dessus. Avec la pluie, ces eaux vont ruisseler dans l'environnement alentour."

"Ce que je ne comprends pas dans cette affaire", ajoute Antoine Gatet, "c'est qu'il me semble évident que lorsqu'on demande à quelqu'un de dépolluer un site, on ne met pas ces déchets n'importe où. Mais ça ne parait pas évident pour le préfet de la Creuse. Ce dernier impose des dépollutions mais n'impose pas des sites adaptés pour recevoir ces produits, le problème est là."

Dans un communiqué publié lundi soir, le préfet donne une autre version : "cet ancien site minier contient déjà des stériles miniers liés à l'exploitation antérieure, les apports envisagés ne constituent qu’un faible ajout compte-tenu des quantités déjà présentes sur le site. Les travaux ne généreront pas d’impact sur l’environnement ni sur les populations."

La mine d'uranium du Vignaud, commune d'Anzême, a été exploité entre 1956 et 1962.