Climat – Environnement

Bure : 350 opposants au projet d'enfouissement des déchets radioactifs réoccupent la forêt

Par Roxane Delaby, France Bleu Sud Lorraine samedi 16 juillet 2016 à 22:19

Les opposants devant la "maison de la résistance" à Bure avant la réoccupation du Bois Lejuc
Les opposants devant la "maison de la résistance" à Bure avant la réoccupation du Bois Lejuc © Radio France - Roxane Delaby

Des opposants au projet d'enfouissement des déchets radioactifs à Bure dans la Meuse délogés d'un bois la semaine dernière le réoccupent depuis samedi après-midi.

« Près de 350 personnes viennent de réoccuper le Bois Lejuc», a indiqué samedi soir dans un communiqué le Réseau «Sortir du nucléaire», qui appelle «à rejoindre massivement le bois libéré dès ce soir ».

Plus tôt dans la matinée, les opposants s'organisaient pour s'installer dans la forêt dans laquelle l'Agence Nationale des Déchets Radioactifs (ANDRA) a commencé des travaux , alors que les forces de l'ordre étaient massivement présentes pour empêcher cette occupation. Objet de la contestation : le projet CIGEO à Bure, dans la Meuse, qui doit accueillir les déchets les plus radioactifs, ainsi que ceux ayant la durée de vie la plus longue, à 500 mètres sous terre.

Une organisation rodée

A l'entrée du bois, sur les coups de midi, plus 400 personnes sont réunis. Des militants anti-nucléaires venus de toute la France, des occupants de la "maison de la résistance" à Bure, des paysans, des habitants des environs, et une cinquantaine d'opposants au projet d'aeroport de Notre Dame des Landes, qui avaient affrété un bus pour l'occasion.

Briefing des opposants avant d'avancer dans le bois Lejuc pour le réoccuper  - Radio France
Briefing des opposants avant d'avancer dans le bois Lejuc pour le réoccuper © Radio France - Roxane Delaby

L'heure est au briefing. Qu'est ce que ce projet CIGEO ? Un militant en explique les enjeux et pourquoi il faut se mobiliser. Puis il donne la parole au "copain". C'est comme ça qu'ils s'appellent entre eux : "Le copain, la copine", ici tout le monde est anonyme. Comment va-t-on procéder pour réoccuper le bois ? Il va falloir faire face aux forces de l'ordre. Elles sont d'ailleurs visibles sur les routes autour du bois et positionnées en nombre à l'orée de la forêt. Si tout le monde se dit serein, on se prépare à toute éventualité.

Le 7 juillet dernier les opposants avaient été délogés du bois qu'ils occupaient depuis trois semaines, après qu'une ordonnance d'expulsion a été prise à leur encontre. Ordonnance, qu'ils ont contesté en justice, mais qui est toujours en cours.

L'organisation est bien rôdée, la "Légale Team" intervient pour informer les manifestants sur  leurs droits et sur les réactions à adopter en cas d'arrestation. Puis la "Team Medic" briefe à son tour. En cas d'usage de bombes lacrymogènes par les forces de l'ordre,  mieux vaut prévoir un foulard, certains se sont même équipés de lunettes de piscine. Si quelqu'un a besoin d'un médicaments ou s'il est blessé, il doit crier "MEDIC" et une équipe viendra à son secours.

Manifestation sous tension

La manifestation présentée comme une balade festive en forêt, est en fait sous haute tension. Les forces de l'ordre font pression sur les militants depuis quelques jours. Sylvestre est un opposant au projet CIGEO (centre industriel de stockage géologique des déchets nucléaires), il s'est installé dans la "maison de la résistance" à Bure depuis un mois et demi :

Depuis l'expulsion (Le 7 juillet)  il y a une stratégie de la tension de la part des autorités publiques. Toutes les 10 minutes il y a des gendarmes mobiles qui passent devant la maison de la resistance, et des hélicoptères qui tournent régulièrement. On passe à un nouveau stade dans la resistance et aussi dans la répression policière. Mais on est plus que déterminés parce que les travaux de l'ANDRA ont commencé dans l'illégalité et c'est maintenant qu'on peut bloquer le projet CIGEO."

Le cortège avance vers le bois Lejuc, suivi par deux tracteurs chargés de matériel pour monter un camp dans la forêt.

Un tracteur chargé de matériel pour monter un camp dans le bois Lejuc à Bure - Radio France
Un tracteur chargé de matériel pour monter un camp dans le bois Lejuc à Bure © Radio France - Roxane Delaby

350 personnes occupent à nouveau le bois Lejuc

Finalement le cortège entre dans la forêt, et après quelques heurts avec les gendarmes et les vigiles employés par l'ANDRA pour surveiller la forêt, la réoccupation peut se faire dans le calme.

En fin d'après midi 350 personnes occupaient le bois Lejuc : «Des paysans sont sur place avec leurs tracteurs, des enfants se promènent dans le bois (...) des chaines humaines se forment pour acheminer le matériel» informe un communiqué d'opposants.

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