Climat – Environnement

"Forêts à vendre": les syndicalistes de l'ONF se mobilisent

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde et France Bleu mardi 20 octobre 2015 à 6:44

L'ONF vend ses forêts domaniales, les syndicalistes mobilisés
L'ONF vend ses forêts domaniales, les syndicalistes mobilisés © Radio France - Rebecca Gil

Pour remédier à sa dette colossale, l’ONF pense à se séparer de quelques-unes de ses forêts domaniales, les plus petites, trop coûteuses à gérer. Une décision radicale qui révolte les syndicalistes, qui se mobilisent pour informer le public des conséquences de ce projet. Exemple en Gironde.

L’Office National des Forêts (ONF) doit faire face à une dette grandissante de plus de 400 millions d’euros contre 287 millions en 2009. Une situation financière qui alerte la Cour des Comptes dans son dernier rapport. Le dernier contrat d’objectif et de performances 2016/2020 prévoit la réduction de cette dette à 140 millions d’euros d’ici 2020 pour la ramener à 260 millions. Pour cela, l’ONF prévoit la vente de forêts domaniales pour permettre la « rationalisation et la gestion foncière de l’investissement en forêt ».

Une décision radicale pour cette administration qui a fêté ses 50 ans en mai dernier. Une question se pose : celle de la faisabilité d’un tel projet. Si les grands massifs forestiers sont inaliénables, le code forestier autorise les cessions des forêts domaniales à condition que le massif ne dépasse pas 150 hectares. Il faut toutefois respecter certaines conditions: démontrer que la charge de gestion n’est pas couverte par les produits tirés de son exploitation mais aussi que le territoire concerné ne présente pas un caractère environnemental remarquable.

C’est justement de ce texte que l’ONF compte se servir, afin de mettre en place un système d’échange avec les collectivités locales. Seulement, si celles-ci ne sont pas intéressées, il n’est pas exclu de les céder à des particuliers. L’ONF gère aujourd’hui 1300 forêts domaniales dont 274 ont une surface comprise entre 1 et 200 hectares. L’Aquitaine est la première région forestière française en superficie, la seconde en taux de boisement. Elle rassemble 10% du volume sur pied national. Même si c’est surtout la forêt privée qui y est majoritaire, elle contient tout de même quelques forêts domaniales, notamment en Gironde, dans le Médoc.

Les syndicalistes se mobilisent dans les forêts domaniales

"A vendre", c'est le type d'affiche que vous pouvez retrouver sur les panneaux des forêts domaniales de France. C'est une action menée par l'intersyndicale de l'ONF, qui va de forêt en forêt pour coller ces affiches afin de sensibiliser le public sur ces ventes qui pourraient engendrer des conséquences non désirées.

C’est bien la forêt publique qui est atteinte, pour satisfaire les intérêts de certains 

— Jean-Luc Pigeassou, responsable régional du SNUPFEN Solidaire

Jean-Luc Pigeassou est le responsable régional (en Aquitaine) du SNUPFEN Solidaire, selon lui ce projet va dans le sens des intérêts de quelques-uns. "On voit bien que par petites touches, on va arriver petit à petit à un mouvement plus important, qui au départ aura démarré par de petites forêts presque insignifiantes. Mais au fond, c’est bien la forêt publique qui est atteinte. Il y a la volonté de certains de vouloir mettre un coup dans ce qui faisait l’originalité et la richesse du massif forestier public, et de faire disparaître ce côté public pour partager des forêts qui jusqu’ici rapportait financièrement".

Jean-Luc Pigeassou s'inquiète de l'avenir de la forêt domaniale

De son côté, Laurent Peyrondet, le maire de Lacanau s’étonne de cette décision de l’ONF, avec qui il a l’habitude de collaborer. Pour lui, il y avait d’autres moyens de sauver la forêt. "L’ONF gère quand-même pas mal le patrimoine, et quand on regarde sur le massif des Landes de Gascogne où il y a une forte demande du milieu sylvicole et des industriels pour avoir notre forêt de pin, la forêt est redevenue rentable, et ce depuis 2 ans. Je m’étonne que l’ONF ne soit pas en capacité de revenir à une comptabilité équilibrée de ses organismes". 

Laurent Peyrondet s'étonne de cette décision et s'inquiète pour ses administrés

Il s’inquiète aussi pour ses administrés : "ce que l’on risque par ces décisions, c’est que cela devienne des propriétés privées fermées au public, avec des clôtures et des chasses privées. On sera très vigilant là-dessus, nous avons un territoire exceptionnel mais je ne voudrais pas qu’il devienne un enchevêtrement de clôtures comme il a pu se passer sur d’autres propriétés privées. Ce qui m’inquiète, c’est que de grosses propriétés de l’Etat soient achetées et clôturées et que les Canaulais et nos visiteurs ne puissent plus en profiter".

La forêt mérite mieux que le projet actuel entre l’Etat et l’ONF. Le soutien des citoyens sera déterminant pour l’avenir de la forêt publique 

— Message de l'Intersyndical de l'ONF sur les tracts

Pour le moment, on ne connait pas le montant de ces privatisations, elles ne suffiront certainement pas à combler le déficit mais y contribueront du moins. En attendant la CGT s’indigne et dénonce un "_bradage historique qui s’attaque aux fondements de la République" .Pour l’intersyndicale, "’endettement de l’ONF est en grande partie la conséquence du désengagement financier de l’Etat. Rien ne justifie de telles décisions contraires à l’intérêt général"._