Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Environnement

Limoges : l'Aquarium et la société I-Ceram réussissent à greffer du corail sur de la céramique

-
Par , France Bleu Limousin

Depuis mars dernier, l'Aquarium de Limoges et la société I-Ceram expérimentent le bouturage de coraux sur de la céramique. Cela marche tellement bien que le projet va monter en puissance, selon le directeur de l'aquarium David Brantôme. L'idée est d'aider à repeupler la grande barrière de corail.

Voici une partie des coraux qui poussent sur de la céramique depuis mars 2018 à l"aquarium de Limoges
Voici une partie des coraux qui poussent sur de la céramique depuis mars 2018 à l"aquarium de Limoges © Radio France - Jérôme Ostermann

Limoges, France

L’expérience menée à l'Aquarium de Limoges pour aider au repeuplement de la grande barrière de corail commence à porter ses fruits. Grâce à la céramique de la société limougeaude I-Ceram, le personnel de l'aquarium a réalisé des bouturages de coraux en mars dernier. Il s'agit de fabriquer un support en céramique sur lequel le corail peut s'accrocher et se développer. L'idée étant de ne plus utiliser de matières polluantes comme le béton, le fer ou le PVC. L’expérience se passe très bien, à tel point que le projet prend de l'ampleur selon le directeur de l'aquarium, David Brantôme. Entretien.

Comment se passe le bouturage de coraux sur ces morceaux de céramique ?

On a fixé des morceaux de coraux sur des morceaux de céramique pour voir si les coraux étaient d'accord pour se fixer sur ce support là. Le résultat est largement intéressant voir au dessus de nos espérances. C'est au moins équivalent et souvent supérieur en temps de fixation par rapport à d'autres supports. Comme c'est poreux et rugueux, le corail arrive mieux à s'accrocher dessus. Maintenant, on cherche une solution pour fixer les coraux différemment qu'avec nos liens habituels en PVC et autre colle synthétique. La médecine est avec nous. On essaye les fils résorbables que nous a donné un laboratoire. Ils étaient périmés. Au lieu de les jeter, on les a récupéré pour fixer nos coraux. L'idée, c'est que si un poisson vient manger un morceau de corail, il va pouvoir digérer le morceau de fil si il l'avale. Il ne restera plus rien de ce fil. Alors que le fil nylon, il est là pour des centaines d'années. 

Ça nous donne envie d'aller plus loin

Tout cela semble très positif...

C'est très positif, enrichissant, et ça nous donne envie d'aller plus loin. A tel point qu'avec la société I-Ceram, on s'est dit qu'on pourrait recommencer l’expérience à zéro avec un aquarium plus grand, avec des contraintes beaucoup plus importantes, et avec un système de caméras sous-marine afin de montrer l'évolution des coraux en accéléré. Là, à vitesse réel, c'est impossible à voir. Ce sera toujours à l'aquarium de Limoges, à l'automne ou au plus tard au début de l'année prochaine. 

Vous menez ce projet avec une belle diversité de coraux...

Oui, on a plusieurs espèces de coraux qui sont représentées ici. On va en avoir encore d'autres. Cette expérience intéresse énormément les autres aquariums français a qui on a fait une présentation en mai dernier à Montpellier lors d'un congrès. L'idée maintenant, c'est de trouver un nouveau support que l'on est en train de valider avec I-Ceram. Il va bientôt être mis en fabrication. Une autre forme, beaucoup plus pratique pour nous afin de bouturer les coraux. On pourra ensuite en donner à certains aquariums partenaires qui vont pouvoir faire la même expérience que nous, avec d'autres sortes de lumières, d'autres espèces de coraux, et aussi avec de l'eau de mer naturelle. Nous, on a une eau de mer artificielle à Limoges. On aura ainsi quelque chose de construit pour qu'on puisse tous avancer main dans la main. 

Sur cette photo, on voit bien la porosité de la céramique, favorable au développement du corail  - Radio France
Sur cette photo, on voit bien la porosité de la céramique, favorable au développement du corail © Radio France - Jérôme Ostermann

Etes-vous confiant par rapport à ce passage à l'eau de mer naturelle ?

L'expérience va être encore plus concluante. Parce que l'eau de mer naturelle a des choses que l'eau de mer artificielle ne peut pas avoir. C'est comme le lait maternel. Le lait maternel sera toujours supérieur à un lait artificiel. Dans l'eau de mer naturelle, il y aura par exemple des oligo-éléments qui vont faire que les coraux vont surement s'installer encore plus rapidement. 

Il y a une autre problématique très importante, c'est la limite du bouturage...

Pour avoir tout de suite des résultats et trouver des financements, on utilise le système du bouturage. C'est une sorte de clonage. Visuellement, on voit vite ce qui se passe. Politiquement et médiatiquement, c'est super intéressant. Mais pour le long terme, pour l'avenir des récifs coralliens, il ne faut pas s’arrêter à ça. Il faut faire en sorte que ces coraux se reproduisent de façon sexuée pour qu'il y ai un mélange génétique entre les différents pieds mère. Pour que dans un même récif corallien, on ai une génétique très variée. Comme ça, si demain, il y a un parasite ou un aléas climatique, une partie seulement du corail mourra. Pas les autres qui auront une génétique différente. Si on fait du clonage, ils seront tous pareil. En cas de problème, tout peut mourir du jour au lendemain. Donc il ne faut pas non plus aller trop vite. C'est à cela que l'on veut aboutir. Que les coraux déposent leurs larves sur la céramique. 

Un projet qui intéresse en Polynésie française 

Qu’en pense les pays qui peuvent être intéressés ?

En ce moment, la Polynésie française s'y intéresse. L'idée, c'est d'essayer de trouver des solutions pour qu'ils arrêtent de faire du bouturage sur des morceaux de ferraille ou de PVC. On est en discussion avec certains hôtels qui seraient peut-être intéressés pour installer de la céramique.  

Les amoureux de la mer doivent être attentifs et bienveillants à l'égard d'un tel projet ?

Ce n'est pas ce projet qui va sauver la planète ! Rien ne vaudra le fait de ne plus polluer et de faire attention à ce que l'on fait. Mais ce que l'on fait actuellement pour aider la barrière de corail, c'est moyennement bon parce que l'on va introduire dans la mer des produits qui sont nocifs pour l'environnement à long terme. L'idée, c'est de continuer notre travail, mais avec des produits qui sont inertes pour l'environnement. Que le corail puisse vraiment englober le morceau de céramique pour qu'il devienne son squelette propre. Et que si un animal vient un jour manger ce corail, qu'il n'ingurgite pas des matières polluantes. Tout cela n'est peut-être qu'une goutte d'eau mais c'est une goutte d'eau importante. Il ne faut pas oublier que les récifs coralliens, c'est 0,2 ou 0,3% de la surface de nos océans. Mais à eux seuls, ils hébergent 30% de la biodiversité marine ! Si ce petit point au milieu de l'océan disparaît, c'est au minimum 30% de la biodiversité marine qui disparaît. Ce serait une catastrophe pour nous, nos enfants et nos descendants. 

Choix de la station

France Bleu